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Mobilité ou précarité ?

publié le 26/10/2017 par dans Afficher dans Méthode, Economie et emploi, Emploi, Quel job pour moi?, Vie en entreprise

Bonjour

Un des sujets du moment, c'est  la durée  des contrats de travail. On le sait, les organisations représentant les chefs d'entreprises voudraient plus de souplesse, la possibilité de faire facilement varier la durée du travail et de signer des contrats plus adaptés à leurs propres aléas. Ils affirment que cette souplesse apportera une plus grande sérénité et que cela entrainera un développement de l'emploi. 

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Ces arguments sont sujets à discussion et je ne vais pas entrer dans ce débat, très politique. Il reste qu'en dehors de ces questions réglementaires, un manuel basique d'économie nous apprend que l'évolution de l'emploi sur un territoire donné dépend, toutes choses égales par ailleurs, des mouvements de trois facteurs :

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  • l'activité (PIB), est le facteur prévalent;
  • la productivité (PIB par heure travaillée) dont la croissance peut freiner le besoin de travail;
  • la démographie et plus précisément la population active : entre combien de personnes ces emplois seront-ils répartis ? 

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L'Apec a montré que l'évolution des investissements des entreprises (hors immobilier) était un facteur déterminant de l’embauche de cadres. Ce paramètre est d'ailleurs aussi plus ou moins prédictif de la croissance. Attention, l’emploi cadres fait partie de l’emploi en général et il peut y avoir une forte augmentation du nombre de cadres sans que cela fasse varier le taux de chômage si ces nouveaux emplois remplacent des emplois non-cadres.

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Depuis de nombreuses années, en France,  c'est bien la conjoncture économique (variation du PIB) qui imprime les variations les plus rapides et les plus amples à court terme des décisions d'embauche et de licenciement. En période de "vaches maigres" ce sont les contrats précaires qui sont préférés, travail indépendant, CDD courts, interim. En période d'activité soutenue et croissante, les entreprises manifestent au contraire une préférence pour les contrats salariés durables, parce qu’elles s’en sentent la possibilité et aussi pour être plus attractives sur le marché de l’emploi.

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A l'inverse, le (futur) salarié a tendance à rechercher des contrats longs et protecteurs lorsque la conjoncture l'inquiète, il est plus mobile lorsqu'il est confiant dans l'avenir.

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Au passage le fameux CDI, qui régit l’immense majorité des salariés, n'est pas un contrat pour une durée "infinie" ou indéfinie" mais bien "Indéterminé", c'est à dire que le terme n'est pas fixé par avance. Mais il est bien prévu qu'on puisse le résilier, si l'une ou l'autre des parties, ou les deux, le souhaitent : Licenciement, démission, rupture négociée, retraite, dissolution de la personne morale employeur, etc.,  avec un certain formalisme. 

Nous sommes dans une situation de plein emploi des cadres expérimentés, et l'accès au premier emploi des jeunes diplômés s'est bien amélioré depuis deux ans. La conjoncture est porteuse, l’investissement ne faiblit pas vraiment, la croissance se redresse… Bref, la situation est favorable. Le dernier baromètre publié par l’Apec constate que 60% des entreprises ont des intentions de recrutement. Face aux difficultés à trouver des candidats, les entreprises sont amenées à s’ouvrir à des profils plus juniors et séniors

Je sais bien que tous ne ressentent pas cette amélioration, mais dans les grandes lignes, c'est ainsi.

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C'est donc le moment réfléchir au rapport entre mobilité et précarité.

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C’est une banalité que de dire que l’ère des « carrières » au sein d’une seule entreprise est derrière nous. Ce n’est pas une vérité générale et absolue d’ailleurs, mais la mobilité est devenue désirable pour les cadres, même si la mobilité géographique est difficile. Notre enquête mobilité montre que près des deux tiers des cadres envisagent une mobilité professionnelle dans les trois ans à venir. En 2016,

  • 21% des des cadres salariés du secteur privé ont connu une mobilité interne;
  • 7 % ont changé d’entreprise (+12% v/ 2015), à leur inititaive pour 58% d'entre eux., même si pour une bonne proprotion d'entre ces derniers, il s'agit d'une action "défensive". Mais 80% se déclarent satisfaits de ce changement, chiffre en baisse, du au plus grand nombre de passage par la case chômage, qui réduit, il faut bien le dire, la  latitude pour négocier de meilleures conditions d’emploi. Mais quand même, 80% !

Evidement la propension au changement  diminue avec l'âge…

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pour les jeunes diplômés, la précarité qui caractérise les premiers contrats doit aussi être regardée autrement.

Croissance et investissement aidant, il y aura de plus en plus d’opportunités de rebond au sein des organisations qui vous auront recruté(e) en contrat précaire pour le début, des postes pour lesquels les entreprises ont de plus en plus de mal à recruter.

La multiplication des opportunités devrait rendre bien moins angoissante la précarité des premiers pas, puisque le rebond est de moins en moins difficile.

En conclusion la situation actuelle doit vous inciter à remplacer, dans vos raisonnements, le concept de précarité par celui de mobilité.


Je vous présente mes excuses pour mon long silence. 

J'ai même laissé passer l'anniversaire de ce blog. Il a maintenant 10 ans et un un peu plus d'un mois.

 

Ceci explique un peu cela, évidement…

En tous cas, merci mille fois à ceux qui sont fidèles, certains depuis le tout début. 

Merci à ceux qui arrivent aussi. 

 

 

Commentaire(s)

  1. Bonjour Jean-Marie,

    Bon anniversaire!

    J’ai l’impression qu’on demande souvent aux entreprises de résoudre des problèmes de société qui les dépassent. Sur le sujet de la précarité on entend deux sons de cloche: d’une part ceux qui invitent à faire le deuil d’une forme de permanence, de l’autre ceux qui continuent à raisonner dans le cadre dépassé de l’emploi à vie, notamment pour l’accès à un logement de plus en plus onéreux.

  2. Merci Noel

    Oui, les entreprises ont parfois le dos large.

    Clairement, c’est un éco-système qui nous fait préférer les situations de salariés en CDI contra à peu près toutes les autres situations professionnelles, sauf celles qui assurent des rentes de situations.

    l’accès au logement, au crédit, et, de façon  plus pernicieuse, le regard des autres voire l’estime de soi sont conditionnés par la pérénité présumée de la situation professionnelle.

    Il y a des métiers si recherchés que ce serait pourtant beaucoup plus avantageux de travailler sur une base précaire, puisque les entreprises se livrent une concurrence parfois féroce pour attirer les compétences,

    Mais les loueurs de logement ne sont pas forcement très au fait de ces situations.  Si on veut faciliter les mobilités, il faut donc trouver des moyens de leur offrir des garanties pour les rassurer.

    Une personne de ma famille, qui, n’étant pas salariée, n’avait pas de revenu fixe, disait volontiers qu’elle était propriétaire parce qu’elle n’avait « pas les moyens d’être locataire ». Cette boutade souligne un paradoxe bien réel.

     

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