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Salaire, faut-il avancer des « prétentions » ?

publié le 07/09/2015 par dans A la recherche d'un job, Afficher dans Marché, Afficher dans Méthode, Salaire

Voici le deuxième volet de la série sur le salaire, entamée le 20 juillet.

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Je me demande d'ailleurs si ce mot de "prétentions" est encore en usage dans les entretiens, autrement qu'avec ironie, ou comme une sorte de citation du passé. Mais quoi qu'il en soit la question est de savoir s'il faut demander un montant de salaire, en particulier quand la question vous est posée.

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C'est une question bizarre et une situation bizarre.

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Voilà une donnée somme toute essentielle du contrat qui est soigneusement passée sous silence le plus longtemps possible. Lorsqu'elles passent des annonces, beaucoup d'entreprises préfèrent prendre le risque de ne pas désigner clairement leur cible, plutôt que d'annoncer la rémunération. Les raisons avancées sont souvent embrouillées, mais il en ressort quand même souvent que si on peut gagner un peu sur le montant de la rémunération, ce serait dommage de se priver. Or on sait aussi que la marge est étroite car on ne peut ni payer très en dessous du marché ni très au-dessus des "normales" de l'entreprise sans aller au-devant de problèmes ou de déceptions. Il existe en effet de nombreuses sources, dont apec.fr, pour évaluer une fourchette de rémunération, et l'entreprise, à partir d'une certaine taille, a des obligations de transparences en la matière.

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Malgré cela l'information reste le plus souvent à peu près taboue entre collègues, et il arrive même que briser cette loi du silence, en indiquant le montant de sa rémunération, soit considéré comme une grave maladresse, au point par exemple d'être cité parmi les motifs d'une rupture de période d'essai.

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Si le salaire n'a pas été indiqué, la question est souvent posée au candidat  pendant l'entretien ou ses préliminaires (entretien téléphonique)  et  le candidat se met en difficulté s'il ne veut ou ne peut pas y répondre.

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Et pourtant son intérêt, en matière de négociation, serait de ne pas répondre, de laisser l'entreprise se dévoiler. L’intérêt de l'entreprise, évidemment, est symétriquement opposé.

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Si vous donnez un chiffre,  il servira de base à une éventuelle négociation vers le bas. Enfin, pas une négociation, vous êtes probablement hors d'état de "négocier".  Disons, une contreproposition plus basse. Vous avez dit 35 OOO €, (bruts annuels, je vous rappelle) et on vous répond que le poste est à 28 000. C'est comme ça. A quoi bon demander les prétentions du candidat dans ce cas ? Justement pour faire une proposition plus basse. A celui qui a demandé 28 on proposera 27, ou par là. En fait on s'en tiendra plus ou moins à une fourchette prévue à l'avance.

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Exemple vécu : le candidat répond à la question en expliquant que pour quitter son poste actuel il lui faut au moins obtenir 30 000 €. Ok dit l'employeur, accordé. Une fois recruté, le candidat, ayant accès au budget, constate que l'on avait prévu de la payer 30 à 35 000 €. Dommage, ces 5000 € lui auraient été bien utiles.

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Il peut aussi arriver, c'est plus ennuyeux, que vous annonciez un salaire considéré comme hors de propos, en plus ou en moins. C’est finalement assez facile, quand on ne s'est pas renseigné, quand le poste est un peu atypique mais ce n'est pas très bon pour votre crédibilité.

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Je vous invite donc à faire trois choses :

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– N'aborder la question, ou n'accepter de l'aborder qu'après avoir vraiment compris la nature et les difficultés du poste. Les juristes disent qu'une vente est parfaite quand les deux parties sont d'accord sur la chose et sur son prix. La chose d'abord, le pris ensuite, c'est assez logique.

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– Bien vous renseigner sur le niveau de rémunération "de marché" pour un tel poste, en multipliant les sources. N'oubliez pas de tenir compte de la taille de l'entreprise (les différences sont très fortes) et de la localisation du poste. Paris-Province, surtout, mais aussi entre régions. N'oubliez pas qu'il est difficile de trouver des candidats dans certaines régions, tandis qu'au contraire, d'autres souffrent de pléthores de candidatures. Ne négligez pas la capacité aussi de trouver un autre job dans le coin, pour votre conjoint, ou plus tard si vous devez ou voulez changer d'emploi. N'oubliez évidemment pas de différencier débutant et confirmé.

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– Tenter avec fermeté de retourner la question de la rémunération. "Je suppose que vous avez un budget, je risque vraiment de passer à côté, il me semble que ce serait plus simple si vous m'indiquiez la fourchette que vous envisagez." Vous pouvez, si on insiste donner les fourchettes que vous avez trouvées. Ne les reprenez pas à votre compte, indiquez vos sources, mais éventuellement marquez que c'est à cela que vous pensez. Elles sont rarement en dessous de la réalité, et comme ce sont des données publiques, il y a fort à parier que vos concurrents aient les mêmes chiffres. Il peut y avoir contre-proposition, il n'y aura pas d'enchères inversées, les employeurs ne jouent pas à cela. Ou alors fuyez immédiatement. 

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SI la proposition qu’on vous fait est trop basse, vraiment en dehors des clous, vous devez demander pourquoi un tel décalage. LA mauvaise raison, c’est que vous êtes débutant. N’oubliez pas que selon le code du travail, c’est le poste qui est évalué. Si vous êtes recruté, c’est que vous pouvez tenir le poste et vous devez avoir une rémunération proche de la valeur pivot (celle que vous avez relevée) même si elle est un peu décotée pour tenir compte de votre manque d’expérience.

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On peut aussi vous proposer une intégration en 2 temps : pendant une période d’intégration (6 à 24 mois, en général) vous avez un statut S-1 et une rémunération de R-1 et quand vous accédez au poste pleinement, statut S et salaire R. Il me semble que c’est parfaitement acceptable si les critères de décision le sont aussi.

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Enfin, certaines entreprises proposent à des jeunes, pour intégrer un poste qui suppose un peu d’expérience et/ou des connaissances particulières, de passer par un contrat de professionnalisation ou d’apprentissage. Là encore, je pense que c’est une procédure raisonnable. Mais attention, ici, de bien faire spécifier ce qui se passe à la fin de la période d’alternance et les conditions dans lesquelles on décidera de vous « titulariser ». C’est évidemment un peu facile de promettre chaque année à un nouvel alternant une intégration qui n’arrivera jamais puisqu’on compte bien en recruter un nouveau l’année suivante.

 

Commentaire(s)

  1. Merci beaucoup pour ce post, très intéressant.

    J’ai personnelemment vécu le cas inverse. J’ai assisté un recruteur pendant un entretien. Au moment de la question salariale, le candidat a demandé 27k€. Or, la grille salariale de l’entreprise indiquait 33k€ pour le poste. Pour ne pas créer d’écart, il a été recruté à 33k€. Pourquoi avoir demandé, puisque l’avis du candicat n’est de toute façon pas pris en compte ?!

  2. Personnellement je viens de passer 2 entretiens pour être comptable dans un grand groupe et je suis étonné qu’on ne me propose que le SMIC car les compétences qu’on me demande pour obtenir le poste et les diplômes que j’ai sont tout de même légèrement supérieurs au minimum légal^^…

  3. Jean-Claude
    Le SMIC, vraiment ? vous laissez entendre que le job suppose et que vous avez une formation supérieure; À vous de voir dès lors si vous acceptez (personne d’autre que vous ne peut en décider …) mais c’est vraiment étrange.

  4. Qu’en est-il d’être écarté après 3 entretiens, pour le motif que le salaire demandé est en dessous de celui du marché et suppose donc toutes sortes d’interprétations sur le profil ?

  5. Bonjour Rachid
    Je n’avais pas cité ce cas de figure parmi les dangers encourus quand on donne un chiffre en premier, craignant d’être taxé d’irréalisme.
    Bien des jeunes diplômés pensent en effet qu’on les paie le moins cher possible, point. Mais dans certains cas, l’indication d’un niveau de « prétentions » trop bas laisse penser que le candidat n’a pas bien compris le niveau du poste, voire, comme vous le rapportez, qu’il n’est pas au niveau. Vous illustrez bien le fait qu’il ne faut pas se lancer dans ces annonces sans prendre des précautions.
    En fait votre mésaventure illustre aussi une vraie erreur commise par beaucoup de recruteurs qui croient plus futé de ne pas dévoiler la fourchette de salaire pour ratisser plus large et se trouver en position de négociation plus favorable. ce faisant, ils négligent que la lecture de leur offre d’emploi ne suffit pas à évaluer le niveau du poste. Je me souviens avoir ainsi montré à un recruteur une annonce qui ne se différenciait de la sienne que par quelques qualificatifs décrivant le profil, indications rarement prises en compte par les candidats. Sauf qu’il proposait un poste à environ 50K€ alors que l’autre se situait autour de 100, 120 K€. Que de temps gagné, et de déceptions épargnées de part et d’autres si, au lieu de jouer au plus fin, il avait accepté la transparence.
    Si vous voyez juste et que votre candidature a été écartée seulement pour cette raison (attention aussi aux causes multiples qu’on dissimule derrière la plus simple à expliquer, ou encore au filtre que vous mettez dans votre compréhension des choses), alors, cela peut vouloir dire deux choses :
    – Vous n’avez pas bien évalué le poste à pourvoir, pour lequel vous n’étiez pas du niveau suffisant, et il vous faut désormais apprendre à mieux évaluer les postes, les profils recherchés.
    – Vous n’avez pas une connaissance suffisante du marché, ce qui fait planer un doute sur votre qualification.
    Imaginez : Vous détenez un tableau qui vaut 100 000 Euros, mais comme vous n’avez aucune connaissance du marché de l’art. Comme on vous a dit que cette oeuvre valait très cher, vous essayez de vous figurer ce que « cher » veut dire, et vous en demandez, disons, 5000 Euros. L’acheteur, immédiatement, se retire du jeu, parce qu’il pense que le tableau est « tombé d’un camion » ou que c’est un faux. En le laissant vous en proposer un prix, vous auriez pu vous aussi vérifier la véritable valeur de votre bien, ou, si vous la connaissiez, sa propre connaissance du marché.
    Et maintenant, comment interprétez-vous cette mésaventure, Rachid ? Qu’avez-vous fait pour comprendre ce qui s’est passé ?
    Je vais faire un billet sur ce point.
    Bon courage pour la suite.

  6. Merci Jean Marie pour votre réponse,

    Pour nuancer mon propos, je parlais d’une fourchette et non d’un chiffre précis.

    Je ne pense pas avoir était mis sur la touche pour « incompréhension des enjeux du poste » car j’ai passé 3 entretiens (en citant toujours cette fourchette de provinciaux. Je plaide coupable).

    Ce qui me gène le plus dans tous cela, c’est que j’ai dû passer 3 heures d’entretien au final, répartis sur 99% à parler du poste, compétences, culture général, logique et expérience et le reste sur ma prétention salariale. Même si je n’ai reçu aucune objection de mes interlocuteurs à ce moment là.

    Pour conclure, je suis quelqu’un de très pragmatique je vous rassure. Je ne souffre pas du Problème de Diagoras qui m’empêche de voir ce que je n’ai pas envie de voir.

    La raison évoqué était celle ci et rien d’autre même si cela leur à fait déduire différentes interprétations sur moi. J’ai également essayé de me repasser la bande pour savoir si j’avais commis un autre « faux pas » hormis cette réponse autodestructrice.

    Ce que j’ai appris de cela, c’est que les recruteurs sont dans une logique de plus en plus « pervers » de nous faire jouer à jeu où la moindre réponse qui nuance ce qu’ils attendaient nous élimine de la partie. Mais c’est bien connue le Casino gagne toujours :)

     

     

     

     

  7. En même temps, Rachid, les recruteurs sont payés pour recruter, pas pour écarter des candidats.

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