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Prets étudiants

publié le 29/04/2015 par dans Cursus/études, Etudes et argent, Galère

Je ne sais pas si c'est bien le moment d'en parler, mais j'ai lu il y a peu deux articles dans le Monde; l'un donne des explications sur "l'irresistible escalade de la dette étudiante" (Stéphane Lauer);  l'autre décrit le piège que représentent les prêts étudiants pour les jeunes états-uniens. (Philippe Escande);

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Pour résumer, les étudiants américains contemporains sont victimes d'un double phénomène :

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D'une part, le renchérissement très important du coût des études (+ 80% en dix ans) , que le système de bourses est loin de suivre, conduit à une augmentation du nombre et du montant de ces prêts, montant qui a dépassé celui des emprunts automobiles dans le pays .

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D'autre part, la dégradation du marché de l'emploi et, sans doute comme en France, une élévation du niveau de diplôme moyen, fait que les jeunes ne trouvent pas tous, loin s'en faut, un job qui leur permettrait de rembourser dans de bonnes conditions le prêt contracté.

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Stéphane Lauer écrit :

"Les trois quarts des étudiants commencent leur carrière lestés d’une dette de 30 000 à 100 000 dollars envers leur banque et plus de 10 % d’entre eux finissent par se déclarer en faillite."

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Le risque est évidement moindre pour ceux qui financent ainsi des cursus dont débouchés restent ouverts. Pour les autres en revanche, la question de la rentabilité d'un tel investissement se pose.   Ainsi, selon S Lauer, le salaire d'un diplômé du supérieur est 1,6 fois supérieur à celui d'un diplômé du secondaire dans les domaines scientifiques et techniques, mais cet écart se réduit à 31 % dans le domaine des sciences humaines. Et donc, en grossissant le trait, il n'est pas économiquement rentable d'emprunter pour faire des études dans ces domaines. Et on apprend que le taux de chômage parmi les architectes est supérieur à celui de l'ensemble de la population.

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Bien évidement, ce sont les familles modestes et la classe moyenne qui supportent les conséquences les plus négatives de cette situation, mais comme cela induit de lourdes limitations dans autres leurs dépenses, consommation comme investissement, c'est l'économie américaine toute entière qui s'en trouve atteinte, comme le fait remarquer Philippe Escande.

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Cette analyse mériterait sans doute d'être vérifiée dans le temps car l'explosion des coûts dans les universités va sans doute connaître une limite, les exemples de dépenses somptuaires qui nous sont donnés relevant plus du gaspillage que de la gestion bien pensée d'un établissement  d'enseignement. On voit bien par exemple, en France, que parmi les écoles de gestion,  l'escalade d'équipements de confort, de magnificence architecturale est un peu derrière nous.

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Reste que ces phénomènes sont, pour nous autres, l'occasion de poser aussi quelques questions sur le modèle de financement de notre système d'enseignement supérieur. En fait, il me semble que nous n'avons, à notre habitude, pas clairement choisi de modèle.

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On le sait, il en existe deux :

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1. La prise en charge de (presque) tout le système par l'Etat (ou les collectivités territoriales). Les études sont gratuites, et le droit à s'y inscrire est universel. Ainsi s'inscrivent en première année de … n'importe quoi, des tas de gens qui n'ont aucune chance de dépasser cette première année, et même pour beaucoup d'entre eux, le premier trimestre. Ils n'ont pas le bagage suffisant, et leur nombre même est un facteur d'exclusion.  Ainsi, l'économie est faite par la plupart de ces apprentis étudiants de réfléchir au but poursuivi, au but du but. C'est un luxe de gens riches de suivre des études sans avoir d'autre but que l'intérêt des études en question. C'est surtout une hypocrisie terrible, car ce n'est pas, mais pas du tout, pour l'amour de la connaissance, mais bien, au final, dans l'espoir d'un job de meilleure qualité grâce au diplôme, au niveau de diplôme pour être plus précis.
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J'ai déjà insisté dans d'autres billets sur les problèmes de représentation que cela pose dans le monde du travail (voir la série sur  qualification, formation  et emploi).

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En revanche, les buts poursuivis par un tels système sont incontestablement humanistes et sociaux, puisque cette gratuité, si elle est réelle, permet aux jeunes issus des milieux les plus modestes d'accéder aux études supérieures. Pour renforcer cette orientation, la France s'est dotée d'un réseau d'universités de proximité, qui, au départ, ne devaient proposer que des cursus de premier, voire de second cycle, le reste étant l'apanage des "grandes Universités". Mais la gratuité est un peu un leurre, le coût des autres frais restant à la charge de l'étudiant et/ou de sa famille. Par ailleurs, les pouvoirs publics n'ont pas vraiment les moyens de l'assurer, si bien que les établissements souffrent d'une pauvreté chronique et qui va s'aggravant, au détriment des conditions d'enseignement et d'études…

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2. L'autre système coexiste, en France avec le premier : il s'agit de faire payer à chaque étudiant des frais qui couvrent l'essentiel du coût réel de ses études, ou en tous cas une part importante, et d'aider, les plus modestes par un système de bourses, de remises, de prêts bonifiés et garantis. Comme vous le lirez dans les articles du Monde, cela se justifie par el fait que ceux qui ne font pas ou n'ont pas fait d'études supérieures ne devraient pas avoir à payer (des impôts) pour permettre à un petit nombre de privilégiés de suivre de tels cursus, pour leur plus grand bénéfice. Notez qu'il n'est pas question ici du soutien à la recherche, c'est une autre question. Les avantages du système sont de permettre son financement puisque les ressources suivent les dépenses, et aussi de responsabiliser ceux qui s'engagent dans les études, car elles leur coutent cher, à eux. 

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Les inconvénients de ce système sautent aux yeux quand on lit ce dossier du Monde.

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Voilà; au final il n'y a pas un bon système et un mauvais, mais deux conceptions politiquement très identifiables.

Commentaire(s)

  1. Bonjour Jean-Marie et merci pour ce billet sur un thème peu médiatisé en France.

    Au Royaume-Uni au contraire c’est un débat important dans la campagne électorale. Trois années d’inscription à l’université peuvent revenir à 35 000 euros en seuls frais d’inscription. Ajoutez à ça le prix moyen d’un logement à Londres (près de 700 000 euros) et on comprend la perspective d’endettement à vie à laquelle font face les jeunes britanniques.

    En France je trouve la politique de Sciences-Po Paris très intéressante (http://formation.sciences-po.fr/contenu/droits-scolarit%C3%A9-%C3%A9tudiants-dont-r%C3%A9sidence-fiscale#cu) avec un endettement éventuel très raisonnable en proportion du revenu des parents.

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