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L’intelligence collective, par A. Bonnefond

publié le 24/07/2014 par dans Cursus/études, Economie et emploi, Vie en entreprise

J'ai eu avec Arnaud Bonnefond un échange intéressant sur son activité de développement de projet par le recours à l'intelligence collective et je lui ai proposé d'écrire un billet pour ce blog. Et il l'a fait. 

Voici son billet, vos commentaires sont les bienvenus.

 Le monde est riche d’idées

 

« On entend par intelligence collective les capacités cognitives d’une communauté résultant des interactions multiples entre ses membres » (source Wikipédia). Au-delà du concept, on connait cette activité sous le nom d’innovation collaborative, l’activité tournée vers l’innovation (technique, innovation de services, innovation sociale), pourvoyeur de richesses pour les entreprises qui sauront exploiter des communautés de « Créateurs »…

 

En tant qu’individu, se pose la question de l’intérêt de participer à ces mouvements collectifs. Faisons le point sur les différentes familles d’innovation collaborative pour améliorer la performance de l’entreprise : 

 

La plus célèbre et la plus utilisée est sans nul doute le réseau social ! Celui-ci peut être ouvert, c’est-à-dire public pour tous les utilisateurs, ou être réservé à l’usage exclusif de communautés ciblées : salariés, partenaires, fournisseurs,… Dans ce cas il s’agit d’un réseau social d’entreprise. Le réseau social est-il vraiment social ? Oui ! Car il permet une bonne communication transverse (porosité) ainsi qu’une reconnaissance individuelle intrinsèque. Mais le réseau social est malheureusement assez peu « source d’innovation », car si l’entreprise veut en retirer un jus de cerveau, il lui est nécessaire d’employer d’énormes quantités de ressources (humaines et informatiques). En fait, bien souvent, l’utilisation d’un réseau social est un simple faire-valoir vis-à-vis de la communauté ciblée : voyez mes clients comme je vous écoute, voyez mes collaborateurs comme vous pouvez vous exprimer.

Pas très performant tout cela, mais le réseau social contribue tout de même à une forme de paix et de reconnaissance sociale en agissant comme catalyseur de l’expression collective.

 

La seconde forme d’intelligence collective, c’est la plateforme de concours : Innocentive, Hypios, Choosa.net,… ou Eyeka pour le français le plus connu. Très simples et très efficaces car captant les milliers d’idées d’individus très rapidement, ces plateformes n’en restent pas moins très limitées du point de vue des « interactions » à postériori, nécessaires pour créer cette fameuse intelligence collective. En effet, une fois votre idée postée, la société devra parcourir l’ensemble des propositions avant d’en sélectionner une et de l’enrichir : très intéressant pour obtenir une réponse originale à un problème fermé (nouveau design, nouveau programme,…) mais limité en créativité collective car impossible de faire des allers-retours d’échanges créatifs ! Et surtout, quid d’une économie équitable ? Pour 1 concours, ce sera 1 seul gagnant et systématiquement des (dizaines de) milliers de personnes qui auront perdu des heures de travail ! Une exploitation déshumanisée très 2.0…

 

La troisième forme d’intelligence collective au service de la compétitivité est le Système de Management des Idées (SMI), une forme évoluée de la boite à idées. Les idées (et parfois les problèmes) sont postés sur une plateforme, sur laquelle les autres utilisateurs vont pouvoir réagir et enrichir chaque proposition. Sur la base de critères stratégiques de l’entreprise, certaines de ces propositions passent en comité de validation puis deviennent des projets R&D qui seront étudiés-développés-prototypés voire commercialisés par l’entreprise.

Ce mode de gestion de la créativité, moitié horizontale pour la captation, moitié verticale pour la partie industrialisation, est flexible pour l’entreprise et valorisant pour les individus, c’est donc un premier outil véritablement performant pour l’écosystème.

Cette technologie a tout de même ses points faibles : par exemple le faible niveau de confidentialité (les idées sont partagées dans une communauté) et l’absence d’implication d’une partie des individus (les timides, les convaincus d’avoir une idée majeure, les déçus de l’entreprise, les méfiants,…).

 

Quatrième et avant-dernière famille : le design de services, également appelé design thinking, qui consiste pour des cabinets à naviguer entre activité d’agence de communication, de designers et de conseil en stratégie, pour proposer des innovations de services, d’usages, de produits,… à partir d’études en profondeur basées sur l’utilisateur : qui est-il ? de quoi a-t-il vraiment besoin ? pourquoi ? Puis de travailler en co-création avec un panel d’utilisateurs et de représentants de tout l’écosystème (le fabricant, le vendeur, le partenaire,… et parfois même le voisin de l’utilisateur !) afin de concevoir l’innovation la plus pertinente, la plus originale, la plus performante.

Cette approche, bien que coûteuse pour une entreprise, est très efficace car elle s’attache à impliquer l’ensemble des acteurs –à commencer par les utilisateurs- et débouche quasi-systématiquement sur des innovations mineures ou majeures, incrémentales ou en rupture. On aimerait qu’elle implique beaucoup plus d’individus, mais le caractère introspectif de l’activité, limité à la taille d’un cabinet de quelques personnes, ne permet pas de capter et d’analyser un très grand nombre de verbatims.

 

Dernière génération d’intelligence collective : Inventive, un écosystème dont la finalité n’est pas la compétitivité des entreprises… mais l’éveil et la reconnaissance des individus ! La philosophie : l’accomplissement des individus passe par leur capacité à réfléchir, construire, proposer des idées pertinentes et originales, capables d’être enrichies par des experts empreints de design thinking. Lorsque l’une d’elles est commercialisée, son Créateur est financièrement et socialement remercié, résultat tangible recherché pour atteindre un épanouissement durable.

L’entreprise, quant à elle, peut à présent compter sur la mobilisation de toutes ses forces d’innovation que sont ses salariés, ses partenaires, ses clients, ses non-clients,…

 

L’innovation collaborative -le nom adapté à l’intelligence collective pour la compétitivité des entreprises-, se décline sous de nombreuses formes et activités (dont vous trouverez toutes les déclinaisons dans cette étude INPI/PwC*), et dont nous avons évoqué les formes les plus communes impliquant le plus grand nombre. Et la conclusion est sévère : attention à ne pas choisir un outil d’intelligence collective à la légère ! À l’entreprise avec de fortes valeurs d’éthique et une véritable volonté d’entrer dans une économie du « crowd », l’outil choisi sera un puissant catalyseur de l’innovation et de la captation de marchés ; quant à l’entreprise qui ne joue que pour l’image ou pour soutirer de l’énergie aux individus…

Commentaire(s)

  1. Intéressant, … mais peu de méthodologie. Après avoir travaillé avec les approches pyramidales, qualité, excellence (EFQM), BSC, …, j’ai découvert le management de l’intelligence collective. Une approche indispensable de nos jours pour rendre les parties prenantes de l’entreprise plus heureux, développer l’agilité pour mieux fonctionner dans la complexité, en associant les collaborateurs à l’amont des décisions importantes.

    Je suis conférencier, facilitateur et  formateur en management de l’intelligence collective pour l’entreprise ou les organisations. La formation-action pratique se déroule en une journée qui permet de voir émerger l’intelligence collective d’un groupe.

  2. tres bonne pratique pour une gouvernance mondiale de salut public pour le pays emergent,d’un monde meilleure,plus juste,plus equitable, vive le MANAGEMENT DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE D’UN NANORESEAU DE 400 VILLES de 4 millions d ‘habitants chacun

  3. Très intéressant comme concept. Je pense que ça va dans le sens de l’innovation.

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