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Des offres d’emploi factices ?

publié le 17/06/2014 par dans A la recherche d'un job, Afficher dans Marché, Afficher dans Méthode, Préparer sa candidature, Quel job pour moi?

Apec.fr est en ce moment mobilisé autour des offres d'emploi. Ne manquez pas les conseils qui vous seront donnés sur  la recherche d'offres d'emploi.

Pour apporter mon écho à cet accent éditorial, je voudrais parler de ce qui fâche : les offres considérées comme "bidons". 

D'abord, il faut que vous sachiez qu'à l'Apec, nous rappelons leurs devoirs aux entreprises à plusieurs moments du processus de publication de l'offre, leur proposons du conseil, des formations et accompagnements. Nous avons créé un label "offre qualifiée" oqa

qui est présenté aux employeurs comme un plus donné à leur démarche de sourcing.Je vous en ai parlé en décembre dernier. 

 

Il y a sur apec.fr 4 à 500 000 annonces par an, quand même. Or nous savons aussi par les enquêtes de l'Apec, que ce sont environ 170 à 180 000 cadres qui sont recrutés en France dans le même laps de temps. Il y a une erreur quelque part.

Pour l'essentiel, cela s'explique par les doublons et les republications, phénomènes proches mais pas identiques.


– Il y a doublon quand le même poste est proposé simultanément plusieurs fois, évidement alors par des structures différentes. Il ne peut y avoir doublon que s'il y a des intermédiaires de recrutement ou des  sociétés d'ingénierie.

– La rediffusion d'une annonce n'est pas toujours identifiée car la structure qui recrute peut essayer de faire passer cette rediffusion pour une nouvelle offre, pensant qu'ainsi elle apparaîtra parmi les premiers résultats des requêtes opérées par les candidats. Cela peut évidement se combiner avec le doublon…


Doublons et rediffusion concernent essentiellement les métiers les plus en tension, où les recrutements sont difficiles et impliquent le plus souvent des acteurs multiples.


Dans ces secteurs, en effet, agissent des "SSII" ou SS2I c'est à dire des sociétés de services et d'ingénierie en  Informatique, et dans des domaines High tech. Ces entreprises proposent à leur client des prestations de deux types : "au forfait" lorsque le client paye forfaitairement pour la réalisation d'un projet, ou "en régie" lorsque le contrat porte sur la mise à disposition de professionnels compétents, développeurs, ingénieurs, dessinateurs, etc, dont les services sont facturés sur la base du temps et non de la réalisation. Dans ce cas, la différence est souvent mince avec la prestation d'une entreprise de travail temporaire.


Missionnées officiellement ou non, ces sociétés recherchent en permanence des professionnels qui pourraient répondre aux besoins d'une entreprise donnée. Elles doivent pouvoir proposer rapidement à leur client un certain nombre de CV adaptés à sa demande. La tentation est grande d'anticiper cette demande et de se constituer un "vivier" de professionnels si possible disponibles. Evidemment ce vivier est d'abord constitué des salariés de la structure, surtout ceux qui ne sont pas en contrat à l'instant T. Mais cela suffit rarement. Il arrive alors qu'on publie des annonces qui ne sont pas stricto sensu des offres d'emploi, mais des  appels à candidatures pour alimenter un vivier, un réseau de candidats. Cette pratique est réputée illicite.

 

En réalité  le code du travail dit : "Il est interdit […] de diffuser par tout […] moyen de communication accessible au public une insertion d'offres d'emploi […] comportant des allégations fausses ou susceptibles d'induire en erreur et portant en particulier sur un ou plusieurs éléments suivants :

L'existence, le caractère effectivement disponible, l'origine, la nature et la description de l'emploi ou du travail à domicile offert ;

La rémunération et les avantages annexes proposés ;

3° Le lieu du travail.

Voyez l'intégralité de l'article L5331 qui traite des offres d'emploi  sur Legifrance,


Ce qui signifie que les annonces que certains accusent d'être "bidons" seraient légales si elles précisaient qu'il ne s'agit pas d'un poste réellement   disponible maisd' une opportunité d'entrer dans une base de données de compétences dont la structure fera la promotion auprès des entreprises potentiellement utilisatrices.  

Après tout, pour le "candidat", c'est la possibilité de voir son CV faire l'objet d'une promotion, l'intérêt des SSI étant de faire travailler le plus grand nombre possible de personnes. ce n'est pas pour en faire des papiers peints que ces entreprises sollicitent vos CV !

Craignant que cette pratique transparente ne soit pas payante, bien des sociétés de services jouent à la marge, republient des annonces déjà passées en élargissant ou diversifiant le profil, doublonnent inutilement en faisant publier par des filiales, des agences d'une autre région, etc. 

Dommage. Mais on est sur un marché de l'emploi très tendu, où certains candidats sont vraiment courtisés. Je ne crois pas que ce soit réellement un problème. 

Quant aux informaticiens qui ne bénéficient pas de ce système et donc le dénoncent, ils ne gagneraient rien si le nombre de ces annonces était divisé par 5. C'est un faux combat.

On parle aussi de la fameuse annonce juste destinée à faire croire que l'entreprise recrute, pour son image de bonne santé. Le prix désormais très faible des annonces pourrait en effet produire une telle dérive. Mais, outre le fait que cette pratique, on l'a vu, est illégale, (et quand même la plupart des entreprises souhaitent se conformer à la Loi), elle comporte des effets secondaires difficiles à juguler.

Imaginons que vous soyez le recruteur d’une entreprise qui a passé une telle annonce, alors qu’il n’y a aucun poste à pourvoir.

D'accord, vous pouvez tout bonnement jeter à la corbeille (scrrrrroutche, fait l'ordi) les 6 347 candidatures reçues sur le poste de chargé de mission Bac+ 4 (ou équivalent) parlant français (ou non) et un peu l'anglais si possible, nombre de candidatures qu'il faut prévoir de multiplier par 2 si le poste est à Montpellier (12 694) et par 5 s'il est plus ou moins suggéré qu'il s'agit du secteur du luxe ( 63 470 mails avec leur pièces jointes,  votre boite aux lettres est saturée, veuillez la nettoyer). Vous risquez quand même un certain nombre de relances, qui vous coûteront du temps si vous n'avez pas le ou la stagiaire qui va bien.

Mais il faut aussi vous attendre à 62 propositions de services d'intermédiaires et prestataires de services divers (tests, bases de données, outils de gestion ou d'évaluation, etc) et au moins 25 d'entreprises de travail temporaire, d'antennes emploi et autres out-placeurs. Enfin, vous devrez faire face aux redoutables protégés de tout ce que la boite compte de personnes bien placées et de leurs relations respectives. Protégés qu'il va falloir recevoir, non sans avoir retrouvé leur candidature éventuelle (dans la corbeille, si vous n'avez pas actionné Ccleaner) et à qui vous devrez ensuite expliquer, à eux et à leur mentor, pourquoi finalement, après moult hésitation, vous ne prenez pas le risque que le poste les déçoivent.

Pour résumer, c'est une galère sans nom,  je ne crois pas que beaucoup s'y risquent. Au passage, même dans ce cas de figure, un(e) candidat(e) n'est pas à l'abri d'un coup de chance, pas à l'abri d'un intérêt soudain pour son dossier, pour des raisons parfois très anecdotiques ("tiens, mais on a du être à l'ESC ensemble, avec ce type", ou encore "ah, une cavalière, c'est des gens sérieux, ça, les cavalières"), parfois très professionnelles, et on est alors dans le cas de figure qui suit.

Que l'équipe de recrutement d'une entreprise qui engage beaucoup d'ingénieurs électriciens (disons plus de 300 par an) entretienne la flamme pour ne pas se trouver à court de dossiers à présenter à ses "clients" internes quand on le leur demandera, ça, je pense que ça existe. Mais où est le problème ? encore une fois, ce n'est pas ceux qui sont reçus, et dont le CV est marqué ensuite d'une ou plusieurs étoiles, qui vont s'en plaindre. Les autres oui, mais ils auraient été écartés aussi dans un recrutement pour un poste immédiat et réel. BNP-PARIBAS par exemple recrute près de 1000 CDi par an plus les CDD les contrats en alternances, les VIE….


Vous l'avez compris, je crois que vous pouvez faire fi de ce soupçon. Trouvez des offres qui vous concernent et pour lesquelles vous pouvez argumenter. Et foncez ! Déjà ce n'est pas si simple, pas si facile à réussir. Alors le reste…

Lisez l'étude de l'Apec sur les pratiques des recruteurs, elle donne des pistes. 

Commentaire(s)

  1. 17 juin en soirée : je me suis rendu compte qu’une phrase avait disparu dans mon texte et je l’ai remise (« imaginons que vous êtes le recruteur… »)

  2. Bonjour,

    Un petit exemple de doublon et rediffusion basé sur Nancy.

    Vous mettez les mots-clés « Ingénieur Etudes Compensateurs » dans la barre de recherche APEC, vous allez trouver 7 offres à Nancy pour un seul poste chez Fives Nordon. Est-ce normal? !!!

    Cordialement,

    M.M

     

  3. Mouna

    Pardon d’avoir tardé à publier votre commentaire.

    Non, ce n’est pas normal que la même offre paraisse 7 fois !!

    Mais elle parait aussi en fonction de la demande de ceux qui la publient. Ici, sans avoir encore vérifié, je suppose que ce sont des prestataires externes.

    Je fais une petite enquête et reviens vers vous

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