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Qualification, suite.

publié le 12/06/2014 par dans Afficher dans Marché, Economie et emploi, Emploi

Suite du billet précédent et de  l'exploration des liens entre qualification et emploi. Je répète que je ne me pose ni en économiste, ni en quoi que ce soit d'autre qu'un observateur attentif.

 

Voici deux graphiques, tirés de données INSEE, qui illustrent la progression en qualification de la population active depuis les années 60 : 

répartition pop active par diplome

 

Pendant que la population active devient de plus en plus diplômée,  la structure des emplois change : 

 

 emplois et niveaux

 

La chute de l’emploi non salarié, surtout agricole, se poursuit.  Le salariat, invention de l'industrie, continue de se généraliser  aux autres secteurs, si bien que, déclin industriel aidant, la population ouvrière décroit très fortement, au profit, dans un premier temps, de l’emploi tertiaire de niveau équivalent (employés), dont  la croissance s’essouffle à son tour au tournant du siècle.

 

Le pourcentage des professions intermédiaires et supérieures, surtout les cadres, augmente fortement pendant toute la période, plus particulièrement à partir des années 80.

On constate donc, sur une longue période,  que l’élévation du niveau d’études de la population active semble parallèle à la progression des emplois qualifiés dans la structure des emplois occupés. 

 

Pour répondre à Noël, qui a fait un commentaire sur le premier billet de la série, je n'ai pas fini de lire le bouquin de Thomas Piketti, mais je comprends qu'il y développe la thèse d'une rentabilité du capital tendanciellement supérieure à la croissance du PIB, donc de la valeur ajoutée. La valeur ajoutée, c’est la richesse produite, qui serait donc de plus en plus appropriée par ceux qui ont fourni les capitaux, de moins en moins distribuée sous forme de salaire,   « facteur travail » de la production*.

Je crois en effet, Noël, que cette théorie n'est pas contradictoire avec ce qui est observé ci-dessus. Ce qui est constaté, d'un point de vue RH, c'est une concentration en capital, qui a tendance à produire des emplois plus qualifiés. Moins nombreux mais plus qualifiés, ou plus exactement, demandant plus de connaissances techniques et/ou procédurales.  Le conducteur de moissonneuse-batteuse est plus « qualifié »,  en ce sens, que ne l'était le moissonneur ; il est mieux payé aussi,  mais le coût en salaire de la tonne de céréale produite baisse fortement, pendant que son contenu en capital augmente lui aussi fortement, une "mois-bat" coûtant plus ou moins 200 000 € c'est à dire, disons, 2000 fois le prix  d'une faux. (question carburant, le vin rouge est à peine plus cher que le gazole détaxé).

 

Notez que la perception de la situation et la capacité à y adapter son mode de travail, (que certains appellent la compétence)  ne sont pas en cause;  le moissonneur doit autant en faire preuve que le conducteur de moissonneuse-batteuse.

 

Le constat fait par le département études de l'Apec va dans le même sens : En construisant  un modèle permettant de prévoir l'évolution du niveau de l'emploi cadre sur plusieurs années, l’Apec a mis en évidence le rôle majeur joué par l'investissement des entreprises : L’emploi  des cadres est tiré par l’investissement, par l’intensité capitalistique de la production de valeur.

Mais le parallélisme des évolutions mis en évidence par les deux graphiques  me paraît  suggérer que ce ne serait pas vraiment le besoin des entreprises qui aurait engagé le mouvement. La nature des emplois a, semble-t-il, plutôt évolué de façon concomitante avec l'évolution des niveaux de diplôme.

 

Attention ! Ce n’est pas le contenu des emplois qui est analysé, mais leur « statut ». On voit ici se profiler les trois définitions de la qualification, selon qu’on se penche sur le poste (aspect formel), le métier (le contenu du travail) ou l’individu, (niveau d’études). On verra ça dans un prochain billet, et les conséquences de tout cela sur la question de l'ascenseur social.

 

Commentaires bienvenus !

_____

*Evidemment, la croissance du  « facteur capital » dans la production n’a pas d’effet mécanique sur la rentabilité de ces investissements. On peut investir beaucoup et gagner peu, théoriquement. En revanche, cela favorise la concentration capitalistique,  donnant  un pouvoir important au moment de décider ce qu’on fait des excédents. Ce que démontre Piketti.

Commentaire(s)

  1. Le problème des emplois non-qualifiés est qu’il produisent des biens en compétition directe avec les industries des pays émergents et souffrent donc de leur handicap compétitif. Les pays développés doivent donc s’engager vers une production à haute valeur ajoutée, dans l’industrie comme les services réussir à exporter l’un comme l’autre, ainsi que le fait l’Allemagne dans les machines-outils ou la Grande-Bretagne dans le secteur financier, quittant ainsi le champ de la compétition directe avec les émergents.
    Concernant la France, je suggérerais de voir s’il y a une corrélation entre le taux de chômage et la baisse de l’emploi ouvrier. Cela permettrait de discerner si nous arrivons ou pas à reconvertir notre socle productif.

  2. Bonjour Jean-Marie,

    Si je suis bien, il y a eu selon vous un mouvement vertueux et parallèle d’augmentation du niveau d’éducation et du nombre d’emplois qualifiés.

    Aujourd’hui, pour certains, ce mouvement s’est interrompu et la richesse se concentre vers une infime partie de la population. Pour d’autres, il se poursuit mais est remis en cause par un « skills gap », une inadéquation entre les compétences des salariés et les besoins des employeurs.

  3. Noël
    Je constate une élévation du niveau de qualification apparent de la population; niveau apparent car les comparaisons dans le temps sont rendues difficiles par la multiplication des titres et certificats, des équivalences un peu floues. Des titulaires d’un diplôme de niveau 3 en « savent » moins que certains de leurs aînés au niveau 4, c’est à dire moins élevé, en particulier sur les connaissances culturelles de base. on a privilégié les connaissances techniques sur les bases humanistes, y compris dans des formations dites « généralistes » et qui ne le sont pas du tout.
    Je constate dans le billet que la structure des emplois a aussi apparemment évolué vers le haut. J’ajoute que
    – d’une part c’est le statut des emplois, leur qualification administrative qui a augmenté,
    – d’autre part la démonstration n’est pas faite que ce soit les besoins des entreprises qui ont tiré la spirale, (est-elle vertueuse ?). Les évolutions étant concomitantes, on peut aussi penser que changement technologique mis à part, c’est aussi bien l’évolution de offre de compétences qui a été motrice, au moins en partie. c’est ce qu’avançait le Zorro de l’internet, dsp56001, quand il écrivait « ce qui est important c’est l’augmentation du nombre de création d’emplois et non l’augmentation de l’offre de formation ou de gens formés qui vont jouer au jeu des chaises musicales pour décrocher un emploi? ». Je traduis : les Bac + 5 prennent les jobs des bac + 3 t ainsi de suite.
    En fait ce qui se passe c’est que les postes pour le niveau Bepc ont disparu, les mêmes missions, transformées par les évolutions techniques et sociétales, étant aujourd’hui dévolues à des (au moins) bacheliers ou des BAc+2. Qui d’ailleurs ne manquent pas de se trouver « déqualifiés », ce qui n’est, honnêtement, ni vrai ni faux.
    L’inadaptation des compétences proposées aux besoins des employeurs ne me paraît pas tellement problématique, si de part et d’autre on a un esprit d’adaptation. Si, ayant fait des études dans un domaine absolument éloigné du monde du travail j’attends, assis sur mon bon droit, que la société me fasse une place stable correspondant à mes qualifications, il y a un risque de problème.
    Si, constatant que le profil que je cherchais n’existe pas, ou que je n’ai pas la possibilité de l’attirer (voyez mon histoire de marins dans les bois du Limousin)je me contente de passer un savon aux intermédiaires, surtout les institutionnels comme l’Apec et de pester contre les chômeurs qui ne veulent pas travailler, il y a un risque de problème.
    L’adaptation réciproque est nécessaire.
    Parfois, c’est d’une obligation de réorientation (par exemple pour des raisons de santé) que naît une rencontre enthousiasmante avec un nouveau métier, par exemple.
    Ici la difficulté, c’est de cesser de raisonner comme si seul le passé du candidat pouvait prédire de sa réussite, affirmation qu’on retrouve chez les candidats sous la forme : j’ai fait des études XXX je dois et je veux travailler dans XXX.

  4. Bonjour Jean-Marie,

    Je me plaçais dans mon commentaire dans une perspective plus globale, surtout anglo-saxonne.

    J’aime bien votre idée d’adaptation réciproque

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