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Qualification et emploi

publié le 28/05/2014 par dans Emploi

Le titre de ce billet ressemble, j'en conviens, à un sujet de devoir sur table pour étudiants en RH ou en sciences éco. En réalité, c'est ma réponse à ceux qui pensent : pourquoi faire des études longues si c'est pour occuper des postes aussi peu "qualifiés".

 

C'est une réponse à un courageux contradicteur anonyme qui accuse l'Apec en général et moi en particulier de ne rien comprendre au film. En fait, d'un point de vue collectif, la question est de savoir si les plus diplômés ne prennent pas les places des moins diplômés. Au passage, il me semble que c'est une question spécialement française, les anglo-saxons par exemple ayant une conception à la fois plus pragmatique (un job est un job) et plus philosophique (je ne fais pas des études que pour le job que ça va me donner). Enfin, je crois. 

 

 

Je vais découper mon propos en plusieurs billets pour que ça reste lisible.

 

 

  • Le premier traitera des mécanismes qui déterminent l'évolution de l'emploi, plus spécialement de l'emploi qualifié
  • Le second s'intéressera à la hausse de la qualification constatée et demandée
  • Le troisième vous donnera quelques clefs pour éviter les confusions entre qualification, qualification, et … qualification. ce n'est pas une coquille ! et on parlera aussi de la différence avec la notion de compétence.

 

Ce que j'écris n'engage que moi, qui ne suis ni un professeur, ni un politique.

 

 

****************************************************

La France, mais aussi l'Europe,  poursuivent des objectifs collectifs de sécurisation des parcours professionnels et d'optimisation du niveau d'emploi, au travers de la compétitivité des entreprises, toutes données économiques égales par ailleurs. 

 

L’adaptation de l’offre de travail aux besoins, en effet, permet de limiter le chômage frictionnel, d'alimentation de la croissance économique par la compétence disponible.

Ces réflexions sont fondées sur le postulat d'une exigence croissante du monde économique en matière de qualification, et par ailleurs sur le paradigme de l'ascenseur social et de la "méritocratie" s'appuyant sur un développement individuel de la qualification.

 

Il faut d'abord comprendre que la variation du niveau d'emploi (ou du taux d’occupation) est le résultat des évolutions combinées de l'activité économique (variation du PIB[1]), de la démographie (variation de la population active) et de la productivité du travail (variation du nombre d’heures de travail nécessaires pour produire la même valeur ajoutée, au sens de la comptabilité nationale).

 

 

Les évolutions de l'économie et de l'emploi ces dernières décennies ont montré que si l'évolution du PIB1 était déterminante sur le taux d'emploi[2], la croissance était désormais moins porteuse d'emplois que jadis.  Les progrès de la productivité du travail n'en sont pas la seule cause. Ce phénomène est en effet le résultat de plusieurs évolutions parallèles:

 

 1.- Le développement massif de l’emploi salarié, industriel dans un premier temps, au détriment des emplois indépendants (commerçants, artisans, agriculteurs) depuis le milieu du XX° siècle. Cette généralisation de l’emploi salarié, qui nous paraît naturelle aujourd’hui, a permis une remarquable augmentation du pouvoir d’achat, une amélioration des conditions de vie de la population, mais, combinée avec les protections sociales, elle a rendu l’emploi plus sensible aux aléas de la conjoncture, car il n’y a pas d’adaptation marginale possible (en temps de crise, un travailleur indépendant réduit ses revenus mais garde son emploi). Par ailleurs elle détermine une normalisation de la qualification, critère (plus ou moins opposable) de l’embauche et des conditions d’emploi, mais aussi rassurant pour les clients. On vit dans une société de plus en plus normative.

 

 

 

2. – La mécanisation et l'automatisation croissante des activités ainsi qu'une organisation de plus en plus performante. Cette évolution, visant à augmenter la productivité, est porteuse d'une augmentation ou en tous cas d'une mutation des compétences requises. Le savoir-faire né de l'expérience et de l’apprentissage est petit à petit supplanté par une compétence de conception, de savoir et de calcul.  Le savoir prend le pas sur le savoir-faire et l'accomplissement des tâches industrielles, par exemple, dépend plus aujourd'hui de la maîtrise, plus abstraite, de machines automatisées que de la perception du produit en cours d'élaboration, qui faisait plus appel aux sens qu'à la raison.

 

 

 

3. – La dématérialisation est une étape de plus dans ce processus: la modélisation de réactions chimiques, d'ensembles mécaniques ou de bâtiments, par exemple, font réaliser un saut important de productivité dans bon nombre d'activités, mais au prix de la disparition pure et simple de certains métiers ou de véritables révolutions, comme dans la pré-presse ou l'imprimerie.  Ce qui est en cause ici est la reconversion totale des professionnels touchés, qui est évidement une question de formation  mais avec comme préalable incontournable une réflexion sur les compétences transférables, la capacité et l'appétit au changement, les opportunités d'emploi pour les personnes.

 

 

 

4. – L'émergence des activités tertiaires, demandeuses de plus de qualification :

 

 

  • certaines d'entre elles nées d’externalisations de l'industrie (ce sont alors en réalité d'anciens emplois industriels),
  • d'autres liées au développement urbain (croissance des emplois métropolitains supérieurs)
  • D'autres répondant aux besoins croissants de services à la personne, notamment dus à l'allongement de la vie, à la garde des jeunes enfants, aux services domestiques et de santé.
  • Enfin d'autres liés au développement de la ''nouvelle économie": information, culture, loisir, web etc.

 

 

La plupart de ces emplois tertiaires sont plus qualifiés que ceux qu'ils ont supplantés ou remplacés.

Par exemple les emplois de services à la personne se sont structurés et organisés (les employeurs veulent offrir des garanties de qualification à leurs clients, bénéficiaires des services. Ces métiers, même les plus basiques, sont de plus en plus complexes, demandent tous une part de gestion ou de "reporting" et font donc aujourd'hui l'objet de formations qualifiantes ou de périodes de professionnalisation.

 

 

De ces différentes évolutions on a pu tirer le postulat de la hausse générale de la qualification requise. En réalité, les choses ne sont pas si simples, on le verra dans le prochain billet…

 



[1]                    Le PIB se définit en général comme la somme des valeurs ajoutées + les impôts sur ces productions –les subventions.

[2]                    Le taux d'emploi est calculé en rapportant le nombre d'individus ayant un emploi au nombre total d'individus en âge de travailler (généralement, en comparaison internationale, les personnes âgées de 15 à 64 ans), ou à une sous-catégorie (femmes de 25 à 29 ans par exemple).

Commentaire(s)

  1. Bonjour Jean-Marie,

    Je me réjouis de lire vos analyses sur ce sujet d’actualité, qui s’inscrit dans le débat notamment autour du livre de Thomas Piketty.

  2. Merci, cher Noël de votre fidélité attentive depuis toutes ces années.

  3. ALors finalement, il n’y aura pas trois billet mais cinq. les deux derniers sont encore à paraître, mais je les ai écrits…

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