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Ne pas avoir de projet professionnel mais plutôt se diriger en observant le réel

publié le 20/05/2014 par dans A la recherche d'un job, Idées fausses, Préparer sa candidature, Quel job pour moi?

Ceux qui me connaissent vont lever les yeux au ciel : Encore sa marotte ; ça tourne à l'idée fixe. En fait je suis très affirmatif en public, je m'affiche comme un ennemi du projet professionnel, ou du moins (voyez, deuxième ligne, je mollis déjà !) de sa forme exigeante.

Ainsi, je viens de lire, sur un site très sérieux : vous ne pouvez choisir une formation (pour adultes) sans un projet professionnel bien précis. Il y a une véritable injonction au projet, pas seulement professionnel, d'ailleurs. Ne pas avoir de projet, ce serait errer dans les limbes de l'indécision, renoncer à se gouverner. 

Or ce qu'on entend en général par projet professionnel est une représentation précise du poste recherché ou visé, et parfois des étapes pour y parvenir. "Chef de produit junior dans l'industrie du luxe." 

C'est amusant, la première définition de ce mot de projet dans le très pratique dictionnaire Larousse en ligne est assortie d'un exemple qui indique l'éventuelle vanité d'une telle construction :

Projet [nom masculin] : But que l'on se propose d'atteindre : Un projet chimérique. 

Sommé de présenter un projet, nous livrerons peut-être des chimères, ce qui n'est pas idiot, au fond. Victor Hugo a affirmé que "nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux", et qu'on "jugerait bien plus sûrement un homme d'après ce qu'il rêve que d'après ce qu'il pense."  Si la "mise au point d'un projet professionnel est l'occasion de préciser ce qui compte pour moi, ce que j'ai – aujourd'hui en tous cas- envie de faire de ma vie, alors ça vaut la peine de le faire. Mais une telle réflexion aboutit à mon sens à autre chose qu'au projet de travailler dans le marketing des produits de luxe, ce qui me paraît  un projet certes chimérique mais pas une chimère au sens où Victor l'entendait,  ou Renan quand il dit que "rien de grand ne se ferait sans chimères." Je suis pour ces chimères, je suis pour un peu d'utopie, qui nous amène à voir loin, grand, enthousiasmant.

En revanche, je suis contre le programme, le programmé, simplement parce que ni l'avenir, ni le monde autour de nous ne se programme vraiment. La carte n'est pas le territoire. Nous sommes parfois comme ces GPS qui veulent absolument que nous passions par la rue la plus encombrée.

Je tiens pour plus efficace de se diriger en observant le réel, en réagissant aux informations que nous recueillons au fur et à mesure. Il faut pour cela être guidé, structuré, par quelques lignes directrices, non pas en forme de projet ou d'objectif, mais de critères pour évaluer les opportunités : je veux voyager, travailler en groupe, agir sur des choses concrètes, ou au contraire, sur des concepts, ou des éléments immatériels, pour éviter les mauvais plans : n'allez travailler dans l'alimentaire que si la nourriture a pour vous une certaine importance, un attrait. 

C'est en connaissant ses conditions de réussite et d'épanouissement que chacun va chercher et trouver, dans le réel, des objets d'enthousiasme.

Moi, je ne sais pas m'enthousiasmer pour une construction conceptuelle. En revanche, pour le job que fait Pierre, pour l'entreprise Dulestex, oui je peux éprouver sinon de l'enthousiasme, au moins une motivation suffisante.

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Commentaire(s)

  1. Bonjour,

    Vous pointez un élément intéressant de la recherche d’emploi…. mise en projet versus opportunité de marché. L’efficacité relève de la rencontre entre les deux.

    Votre mode de fonctionnement est très caractéristique de vos talents personnels…. réalisme et réactivité. D’autres personnes fonctionnent plus à partir de leurs talents de prospective et d’anticipation….. comme moi par exemple. Votre approche est donc la bonne pour vous….sans céder à la tentation de généraliser car d’autres approches existent.

    En espérant faire un jour votre connaissance.

    Danielle BIRKEN

    Coach et Formatrice

     

  2. @ Danielle Birken

    Je pense que vous avez raison… partiellement. Il y a en effet des gens, j’aurais du le mentionner, qui ont un projet, un objectif qui leur tient à coeur, parfois carrément une vocation. Il m’arrive de les envier, et en tous cas je ne vois rien qui cloche à dedans, pourvu qu’ils aient « questionné » cet objectif par rapport à eux (cohérence avec leurs caractéristiques réelles, leurs contraintes, leur niveau, etc.) et par rapport au marché (existe-t-il une demande pour mes services, quelle est ma concurrence, ai-je les arguments pour cela, quelle est la cohérence entre mes valeurs et celles de mes cibles, etc.) Le meilleur moyen de réaliser ses rêves, c’est de se réveiller.
    Ce sont les autres que je visais dans mon billet, surtout ceux qui embrassent un objectif désigné par la tendance ou leur entourage, et qu’ils ne remettent pas en cause. C’est le syndrome du réverbère dont j’ai déjà parlé. On cherche ses clefs sous le réverbère parce qu’il y a de la lumière, et non là où les a perdues.
    Pêle-mèle, pour parler de situations dont je me souviens : si on aime les relations humaines, ce n’est pas du marketing qu’il faut faire, mais du commercial; si on a un master on ne fera pas de recherche dans un labo, privé ou public; on ne peut pas faire un job à portée internationale si on ne parle pas l’anglais mieux que ça ou qu’on n’est pas mobile; on ne peut pas vivre et travailler à Limoges quand on est océanologue.
    Et en revanche, on peut arriver à être journaliste, si on accepte le parcours du combattant que cela représente; on peut devenir médecin ou ingénieur télécom en faisant payer ses études par l’Armée, on peut viser d’avoir un poste d’archéologue, ou d’anthropologue si on est capable de travailler assez pour être dans les trois ou quatre premiers en France, car il n’y a pas beaucoup plus de postes que ça en France.

    La difficulté, c’est de se fixer des objectifs ambitieux, mais personnels et réalistes.

    Le défaut de ma posture, c’est le manque de stratégie, l’incapacité au billard à bande. Je le sais. Mais c’est personnel…

  3. c’est très osé, mais cela me parle.

  4. Dites-nous en plus, Aly…

  5. Je suis tout à fait en accord avec cette idée. La ligne directrice êtant non un but précis, mais plutôt le respect de certaines valeurs pour soi, d’être en chemin, c’est à dire dans l’action et de considérer sa recherche de poste comme s’il s’agissait d’une entreprise en soi.

  6. Je trouve votre approche extrêmement pertinente et souhaiterais m’en entretenir avec vous …. Je suis très engagé dans un réseau de cadres qui ne savent plus trop vers qui(quoi) se tourner

  7. @ Dominique
    Je vous envoie mon tel par mail

  8. Bonjour, 

    Je vous remercie pour votre article. J’ai suivi mes envies d’études et j’ai trouvé mon projet professionnel en effectuant 2 stages dans le domaine. Mais il n’y a pas d’offres de CDI pour le métier correspondant à mon projet professionnel. Je suis d’accord avec vous. Il vaut mieux observer la réalité du marché de l’emploi et la demande. 

    Natalie 

  9. Enfin un professionnel de l’emploi qui met les pieds dans le plat sur cette tarte à la crème du sacro-saint « projet professionnel ».

    Comme si chacun disposait des informations nécessaires pour effectuer un choix réellement raisonné par anticipation… Quelle clownerie ! Et pourtant, quel rouleau compresseur en termes d’injonction comportementale.

    Qu’on ait des envies est une chose. Que l’on se donne les/des moyens pour répondre à ces envies va en ce sens. Mais de là à masquer cette projection fantasmée derrière l’idée que ces envies doivent être impérativement formalisée en « projet », je crains que cela ne relève surtout de la rigidité psychologique et d’une difficulté à effectivement prendre le monde tel qu’il est. Deux-trois exemples :

    1) Qui peut vraiment me dire comment le monde sera dans 5 ans ? (Par ex. en termes de rapports économiques et géopolitiques entre l’Europe, les USA et la Chine ?) En conséquence, quid de nos « conditions de travail » en France et dans un secteur ou une entreprise particulière ? En fait, nous faisons « comme si » tout allait continuer « à peu près pareil » tout en sachant qu’il y aura des évolutions mais que nous espérons mineures. Bref, le « projet professionnel » est muet sur tout ce que – ‘en méthodologie de projet, justement – on appelle les « hypothèses et les risques ».

    2) J’ai eu l’honneur de passer une partie de ma scolarité avec le PDG actuel d’une des entreprises du CAC 40. Elève brillant. Scolarité exemplaire. OK. Mais quelle différence entre lui et ses condisciples de l’époque ? Aucune. Un début de carrière moins « brillant » que celui de ses camarades d’école (des mêmes cercles académiques et professionnels). Un projet professionnel (?) qui n’intégrait probablement guère ce niveau de responsabilités. Aucun réel avantage « familial » ou « hérité » à faire valoir. Mais un coup de chance. Une opportunité intelligemment saisie. Et hop ! Bingo ! Bravo à lui ! En tout cas, rien de prémédité !

    3) Quid de l’amour et des rencontres dans ces fameux projets professionnels ? Personnellement, j’assume le fait d’avoir orienté une dizaine d’années de ma carrière en fonction du fait que je voulais vivre avec une femme qui habitait à l’autre bout du monde. Et je connais des dizaines de cas similaires.

    Qu’on cesse de nous em…. La vie est et sera toujours plus riche que ces minables injonctions.

    Par contre, je suis prêt à reconnaître que « sans projet », et donc à défaut de la revendication préalable d’une loyauté sectorielle ou d’entreprise, il faut savoir promouvoir ses propres qualités professionnelles … Pas toujours facile.

    Vive l’enthousiasme… c’est-à-dire l’acceptation d’être « saisi par les dieux ».

  10. Moins « passionnément » que vous, Anatole, je pense aussi qu’il y a une dictature du projet professionnel au sens le plus rigide; et j’aime beaucoup votre dernière phrase : « Vive l’enthousiasme… c’est-à-dire l’acceptation d’être « saisi par les dieux ». »

  11. Tout dépend de ce que l’on met derrière ces deux petits mots: « projet professionnel »!!!

    Les personnes qui pensent qu’elles peuvent trouver un projet professionnel au début de leur carrière et le suivre se fourvoie dans la mesure où l’on découvre un champ des possibles très grands selon les étapes de la vie.

    Un projet professionnel est à un instant T le plus grand problème en France c’est qu’on nous demande de ne jamais en changer il n’y a pas un projet mais une multitude et heureusement sinon nous nous ennuierions terriblement.

    Le rôle des personnes qui accompagnes les projets et parcours professionnels et de dédramatiser le changement…..

  12. Merci AL S
    En bref, le monde réel nous fournit de quoi nous orienter, nous enthousiasmer éventuellement, bien mieux que nos élucubrations. Mais nous ne pouvons nous y projeter que si nous avons de bons appuis, sur nos compétences, c’est à dire les situations, les environnements dans lesquels nous savons, et souhaitons être efficaces.

  13. Merci pour cette publication qui me rassure sur mes démarches qui vont à l’encontre des différents « conseillers » par qui j’ai pu être suivie. Je pense également que la nécessité de fixer un « projet professionnel » peut correspondre à certaines personnalités mais pas à toutes. Pourquoi toujours vouloir avancer dans des rails alors que nous évoluons dans un environnement fluctuant. Et puis c’est sans compter sans les impératifs territoriaux qui peuvent s’imposer à nous. Je vis depuis un an dans une région, qui comme toutes, offre des opportunités (rares) mais qui ne me permettent clairement pas d’occuper le « job de mes rêves » qui auraient dû constituer un « projet professionnel » aux sens des conseillers RH/emploi.

  14. bonjour,

    Projet professionnel ou autre forme de « pré »orientation, me semble dirigé, plus particulièrement en France, par la nécessité absolue et incontournable de devoir faire rentrer tout et tous dans un cadre et/ou une case prédéfini. Ceci est, à mon sens le grand malheur de notre société franco-française (égocentrique) qui n’a pas compris – d’ailleurs, à commencer par nos dirigeant non plus – que la diversité, la polyvalence et l’adaptabilité ne peuvent, en aucun cas rentrer dans un moule prédéfini par des technocrates aux idées has been, n’ayant pour but que de protéger les intérêts d’un certain sérail de « penseurs » convaincu d’être bien pensants.

    Le projet professionnel, tel qu’il est conçu aujourd’hui, n’est autre qu’un outil visant à réintégrer un potentiel professionnel « égaré », dans le chemin du moule qui va bien; cela afin d’éviter toute perturbation de ce vieux « système ».

    La gestion du changement est à appliquer à tous les niveaux de notre société si nous désirons progresser sans cesse et non immobiliser nos évolutions socio-professionnelles, voire sociétale.

    Ainsi, la tendance semble commencer à se dessiner; i.e. moins de B2B et plus de H2H.

  15. @ Etienne
    votre propos est un peut fort, un peu dur à mon sens mais je rejoins l’idée de « cases ».

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