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La galère des Jeunes diplômés, suite

publié le 01/08/2013 par dans Afficher dans Marché, Economie et emploi, Emploi, Etudes et argent, Galère

Ollia, puis E-lady, sur un ton différent, ont posté de longs commentaires dont se dégagent le désarroi et, au moins pour la première, la colère.

Comme à chaque fois que le problème me parait d'intérêt général, je fais une réponse sous forme de billet.

Il y aurait plein de choses à dire sur leurs contributions je vais me contenter de l'essentiel. 

Et d'abord ceci : je sais que la situation est difficile, que vos positions sont angoissantes et décevantes, et je vous adresse, pour commencer une pensée d'empathie. Mais mon travail est de vous faire évoluer, voir les choses d'un autre point de vue, alors, allons-y.

Lorsqu'on entreprend des études, à un âge et dans une situation qui font qu'on est très loin d'avoir toutes les cartes en mains, on opère des choix souvent contingentés (mes notes en maths, le coût des études, les conseils qu'on m'a donné, mon envie de rester ou de partir de chez mes parents, etc) mais aussi dictés par les représentations (du monde, de moi-même, du bonheur dans la vie), les opinions et valeurs de ce moment là.

Pendant ces études (j'aimerais bien savoir dans quelle filière Ollia a fait les siennes) on est évidemment influencé par le paradigme du milieu, dans lequel  la pensée et la conception priment l'action et la réalisation. L'attirance pour le marketing, par opposition au commercial, me semble un symptôme typique de cette hiérarchie de valeurs.

Il n'y a qu'une minorité des jeunes diplômés qui aient envie de faire de la vente. Et il me semble que c'est plus par manque d'expérience dans ce domaine qu'autre chose. La vente, c'est : voyager, élaborer une stratégie de pénétration sur un secteur, s'approprier et donc reconstruire des argumentaires, rencontrer des gens très divers, les écouter, les comprendre, chercher à les convaincre, remporter des succès. Si on n'a pas de connivence avec ce plaisir du succès dans la vente, si on n'a pas de  connivence avec la vente, on fera de l'analyse quantitative, mais on en sera pas heureux non plus en stratégie marketing, je crois. 

Un jeune élève ingénieur me demandait un jour ce que pouvait bien faire un ingénieur en production. Le plus étonné des deux, c'était moi.

Pour les universitaires,  je caricature peut-être un peu, s'ajoute à cela une certaine défiance ambiante vis à vis des entreprises, ou, plus généralement, de l'univers marchand. La jeunesse a aussi sa part dans une conception romantique de la vie professionnelle. Romantique, mais, dans le cas de Ollia, assez méprisante aussi (un métier qui me "dégoute", dit-elle, merci pour ceux qui l'exercent, et contre qui, j'en suis sûr, elle n'a rien).

L'une et l'autre vous dites avoir fait des choix. J'en conviens, mais à partir de vos connaissances des choses de votre vision du monde à ce moment là.

Ollia veut travailler dans une ONG. je la comprends, c'est évidement plus gratifiant à priori de servir une cause humanitaire que de travailler dans la grande distribution. Surtout comme caissière. Mais quelle réalité a ce projet ? Y a–il des postes ? Quelle ambiance règne dans les ONG ? comment les salariés sont-ils traités ? Ce n'est pas la même chose de consacrer deux ou trois ans de sa vie à une grande cause (et tant pis pour les conditions) comme le faisaient les pionniers (MSF, MDM) et d'en faire un métier. j'ai quant à moi entendu pis que pendre des ONG vues par les salariés.

Ce que je veux dire, c'est qu'il existe dans ce monde (ou il existera) des milliers de situations professionnelles dont vous ne connaissez rien, ou très peu, mais qui vous passionneraient. Nous ne sommes pas "faits" pour un métier, nous rencontrons des opportunités et nous les saisissons. Si j'avais été bon ne maths, je pense que j'aurais fait un médecin tout à fait convenable.

 Pardon à toutes les deux mais ce que vous savez de vos personnalités est encore précaire, ce que vous savez des jobs l'est encore plus. Je ne crois pas dans "je suis faite pour …"

Je crois dans

  • "je suis plus efficace en groupe",
  • "j'ai du mal à m'exprimer oralement",
  • "j'aime préparer"
  • "je préfère travailler méticuleusement que rapidement",
  • "j'aime les chiffres", etc. 

Voilà de bonnes bases pour raisonner, même si elles ne sont pas permanentes, mais elles existent aujourd'hui. 

Enfin, mais c'est peut-être le plus important, parce que le plus concret, débarrassez-vous au plus vite de cette idée incroyable que vous seriez condamnées à travailler "pendant 40 ans" dans le domaine professionnel de vos débuts. En 40 ans, vous aurez le temps de changer cinq, six fois de job, d'employeurs, etc. 40 ans, c'est, par exemple, 8 cycles de 5 ans. En 35 ans, j'ai personnellement changé de métier 8 fois. Je n'avais imaginé de faire qu'un d'entre eux.

Je vous invite à réagir, et à m'en dire plus. Je ne saurai pas vous trouver un job, non. Peut-être à introduire un changement, une rupture dans vos actions. 
Faire plus de la même chose apporte plus du même résultat.

Commentaire(s)

  1. Pour rebondir à votre phrase « Je ne crois pas dans « je suis faite pour … » en effet je me suis probablement mal exprimée car nous ne savons jamais réellement de quoi nous sommes capables et pour le savoir le mieux est d’essayer…

    En ce qui concerne les métiers du terrain (la vente entre autre), cela m’intéresse.  Je reste persuadée que pour être un bon responsable marketing il faut avoir travaillé sur le terrain afin d’avoir une idée plus claire concernant les stratégies d’orientations d’un groupe. Mais il y a plusieurs métiers de terrains, pas forcément des métiers de commerciaux mais par exemple des postes de chef de produit junior que l’on me refuse toujours sans grande explication.

    Le métier de commercial m’effraie. J’ai beaucoup de respect pour les personnes qui l’exercent car il n’a rien de facile. Il faut aller vers les gens accepter les refus par téléphone, face à face et répondre à des objectifs tous les mois. Je tire mon chapeau à toutes ces personnes qui réussissent à le faire. Je suis de nature très sensible et c’est aussi pour cela que j’ai du mal à me projeter dans ce métier. Pour moi un bon commercial c’est celui qui sait vendre mais c’est surtout celui qui sait remonter lors des échecs et aller de l’avant. J’ai voulu essayer mais le domaine pour lequel on m’avait fait cette proposition ne m’intéressait vraiment pas, n’allez pas croire que je fais la fine bouche, cela n’a vraiment rien à voir. Mais pour moi si je dois commencer un métier qui m’effraie il vaudrait mieux que ce soit dans un domaine qui me plaise.  

    Une année est passée et même si j’ai encore des réticences je me sens un peu plus prête à essayer, alors je postule à des offres directement de commerciale ou d’assistante commerciale, mais j’ai soit des refus soit aucune réponse que je considère évidemment comme un refus.

    Les métiers du conseil m’intéressent aussi car ils semblent plus proches de ce que j’ai pu faire au cours de mes stages, mais là aussi ça bloque, je n’ai que des refus ou sinon pas de poste encore adapté à mon « profil ».

    De mon côté je n’ai jamais pensé que je travaillerais dans le même domaine professionnel de mon début à ma fin de carrière. Mon but n’est pas de travailler pour le même employeur toute ma vie, je suis consciente que mon métier évoluera en fonction de la branche, du secteur et des tendances du marché et je pense que je ne me plairais pas dans le même groupe toute ma vie.

    Enfin, le plus important pour moi et mon but actuel est de pouvoir mettre un pied sur le marché de l’emploi, même si ce n’est pas dans le marketing pur et dur. Tout ce que je  veux c’est de pouvoir enfin utiliser mes compétences en bonne et due forme…

  2. Bonjour,

    j’aimerais aussi souligné que même s’il on est près à s’adapter aux postes que l’on trouve, revoir nos exigences à la baisse (secteur, fonction…), les entreprises ont tendance à proposer des salaires très faibles comparés au niveau d’étude. Doit-on pour autant accepter et se brader pour trouver un travail?

    Les décisions sont dures à prendre, surtout si l’on a un prêt étudiant à rembourser.

  3. C’est en effet une grande difficulté, Ingénieur Débutant. Et je ne peux, du coup, pas donner de conseil au sujet de ce qui est acceptable ou pas. Il faut juste se faire une idée réaliste de ce que sont les salaires à l’embauche réels des ingénieurs sortant de votre école. Voyez aussi plus généraliste, la page « salaires par fonction » sur apec.fr

  4. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous répondre par un autre billet tout aussi constructif :)

    Vous vouliez savoir mon domaine d’études :) Il rejoint un peu celui de E-Lady. J’ai un master en communication des entreprises. à l’université, oui ! Mais accompagnée de bon professeurs et de professionnels qui ont pris le temps de nous expliquer leurs fonctions, qui nous ont donné envie de poursuivre dans cette voie. J’ai mis du temps à me connaître, à essayer de savoir qui j’étais pour trouver au mieux un métier qui me ressemble le plus possible. Et il est clair que quand on sort des jupons de ses parents, ce n’est pas évident ! (surtout dans ces derniers y mettent leur grain de sel) J’ai pensé qu’un tempérament curieux de l’actualité, de tout en général, et qui aime bien s’ouvrir aux autres, se plairait dans ce domaine porté par la veille, les relations avec le public et la presse, et autres. Et pourtant, j’étais une crack en mathématiques !!!!

    Ensuite, oui, j’ai une conception très romantique et idéaliste de la vie. Je suis navrée de vous paraître si naive, mais je regrette simplement que le monde soit devenu tourné autour de la société de consommation, sans penser forcément aux choses simples de la vie. Et que même s’il y aura toujours des inégalités entre les hommes, j’ai la nette impression quand même qu’on ne fait rien pour les diminuer. Il y a une part de désillusion chez les jeunes, et de colère, que vous avez fort bien relevée, surtout dans mes propos. Oui, je suis en colère, parce que frustrée, parce que j’ai donné quand même beaucoup de mon énergie dans une recherche d’emploi qui aurait conduit à un épanouissement total si elle avait aboutie. Très sincèrement, je pense que cette colère ne touche pas que cette génération. Elle touche toutes les catégories d’âge actuellement.

    Non, je ne méprise ni les personnes dans le commercial, ni les personnes dans la vente. Il n’y a pas de sot métier, et sans une force de vente efficace, et de gens qui vendent nos sociétés/produits/services en France comme à l’étranger, je crois que nous n’avancerions pas. Mais je sais que le métier ne m’attire pas du tout. Je n’ai ni le cran, ni la force morale d’endosser leur rôle, aussi je pense pouvoir dire qu’au fond, je les admire. Ce n’est pas tant leur métier qui me répugne, mais plutôt et vous l’aurez compris, le « contexte » dans lequel ils exercent leur métier.

    Quant au fait que nous connaissons plusieurs métiers dans notre vie, c’est tout à fait vrai ! Cependant, il faut quand même trouver le courage et le temps pour changer de profession dans un contexte où le travail manque un peu, et où cette si chère expérience est exigée par les recruteurs. C’est pour cela je tente les concours de la fonction publique, le côté « cadre d’emploi » et par conséquent, évolution dans des domaines différents me plait beaucoup ! Et je pense y trouver un métier qui me ressemble déjà un peu plus. C’est cela au fond, ce que vous expliquez brillamment. L’important est de se connaître, trouver sa/ses voies tout au long de sa carrière !

  5. Ollia je souscris volontiers à ce que vous décrivez comme votre vision de la votre vision de la vie. Être idéaliste est une qualité pour moi. Et c’est un des privilèges de la jeunesse. Quelqu’un a dit que l’idéaliste rêve d’un monde meilleur et que le réaliste s’adapte et que par conséquent tout progrès viendra des idéalistes.
    Je plaide quant à moi pour que l’enthousiasme s’applique au réel

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