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Précaires ou court-termistes ?

publié le 15/04/2013 par dans A la recherche d'un job, Afficher dans Marché, Economie et emploi, Vie en entreprise

Désolé, j'ai trop attendu pour vous parler de ces articles du Monde, si bien qu'ils ne sont accessibles aujourd'hui qu'aux abonnés ou ceux qui ont accès à une collection d'anciens numéros.

les deux articles sont en effet dans le numéro daté du 9/4/13. Je vous donne les liens quand-même.

Le premier rend compte d'une enquête conjointe de l'Apec et de l'observatoire de l'Interim (datant de 2009, quand même) et s'intitule "Tester les employeurs avant de s'engager". Tout est dans le titre : les jeunes cadres sont éventuellement volontaires pour travailler en intérim parce que c'est un mode d'engagement plus léger, qui permet, au fond, de tester des milieux professionnels différents. Un des interviewés, cadre dans la finance (oui, bon, il n'est pas philosophe ou biologiste généraliste, c'est vrai) dit une chose qui me paraît assez pertinente : "…quand on a passé dix-huit ans d'affilée sur les bancs de l'école, on n'est pas forcément prêt à s'enfermer dans la routine."
Essayer, aller d'un job ou d'une entreprise à l'autre, ne pas se donner à 100% au boulot, si on a par ailleurs une passion preneuse de temps, alterner les jobs pas folichons mais qui payent bien avec d'autres enthousiasmants mais (très) mal rémunérés, bref, l'intérim ou l'activité indépendante (par le biais du portage par exemple) peut être très intéressant.

Mais il faut admettre que ce n'est pas le modèle le plus courant et un autre interviewé le constate : "Comment faire un emprunt et acheter une maison lorsqu'on n'a aucune visibilité sur l'avenir ?" et il ajoute, c'est la conclusion du papier : "Pour moi, l'intérim a surtout une vocation de tremplin. Sur le long terme, rien de tel qu'un CDI."

Je n'aurais pas fait un billet à ce sujet sans le papier intitulé "L'engagement des jeunes cadres est localisé et court-termiste". Cet article explique que la méfiance des jeunes envers le monde de l'entreprise est telle qu'ils ne s'y engagent qu'avec méfiance ou en tous cas, nous dit-on, un "pragmatisme [qui] consiste à se dire : "Je devrais attendre beaucoup de mon entreprise, mais je sais que cela n'est pas possible. Je vais donc aller là où les choses seront les moins négatives."

Et le professeur interviewé, Jean Pralong, ajoute que les choses s'arrangent au bout d'un an ou deux,. "Des éléments légitimes de satisfaction succèdent alors aux inquiétudes des premiers temps. Les jeunes cadres identifient ainsi peu à peu les projets intéressants, les collègues sympas… Ils peuvent aussi reconnaître les qualités de leurs manageurs, être reconnaissants de leur soutien. Leur vision est donc plus nuancée, moins univoque."

Mais d'engagement envers l'entreprise, il n'en voit guère. Là où leurs aînés manifestaient une certaine fierté de travailler dans un grand groupe, les jeunes cadres tirent aujourd'hui satisfaction du projet sur lequel ils travaillent, des relations avec leurs collègues ou leur patron.

Rien de tout cela n'est vraiment neuf et à l'Apec, nous l'avons annoncé il y a plusieurs années déjà. Je me souviens avoir fait une conférence sur ce sujet en 2004 ou 2005. Il faut aussi relativiser, car sur la page opposée le Monde publie aussi le palmarès Universum des entreprises les plus souhaitées par les jeunes diplômés, et ce palmarès montre un manque absolu d'imagination. la liste est d'une affligeante stabilité.

Pour autant, comme on dit ces temps-ci, la tendance indiquée par les deux papiers se confirme : l'engagement envers l'entreprise, il vaudrait mieux que les recruteurs en fasse leur deuil. Y sont-ils prêts, eux qui attendent tellement de motivation ?

Commentaire(s)

  1. Pour explorer la prise de distance vis à vis de l’entreprise voyez l’interview d’Alain Mergier sur le site recruteur de l’Apec

    http://recruteurs.apec.fr/Recrutement/Pratique-RH/Cette-semaine/Gestion-RH/Rapport-des-cadres-a-l-entreprise-les-lignes-bougent

  2. Bonjour Jean-Marie,

    La lecture de votre billet m’inspire une réflexion, que vous amorcez d’ailleurs en évoquant le palmarès des entreprises Universum: bien que conscient de la limite des analyses bourdieusiennes, je pense qu’on relira avec profit l’entretien avec le maître « la jeunesse n’est qu’un mot », qui semble largement disponible sur Internet de nos jours. C’est je crois tout de même une faiblesse des analyses de ce type de mettre tous les « jeunes » dans la même catégorie.

  3. Noël je suis vraiment d’accord avec ce que vous dites. Il faut juste prendre en compte l’effet générationnel : un état des techniques, des codes, des valeurs, du langage, etc. que partagent ceux qui sont nés à une période assez proche les uns des autres. cela ne fait pas une personne, mais ça contribue à des représentations communes. Comme cette attitude concernant la précarité et la fidélité professionnelles. Pour autant, d’autres tendances, plus lourdes, et aussi l’effet de la personnalité, jouent un rôle important dans nos réactions. Et le milieu social est aussi important… Comme le disait Bourdieu.

  4. Jean Marie,

     

    il faut être juste, ces désirs d’engagement relèvent des injonctions paradoxales, à l’heure où on nous explique également que le plus grand frein à l’embauche est le manque de flexibilité des contrats -donc l’impossibilit » de renvoyer les salariés déjà embauchés…. En d’autres termes, peut-on réellement envisager un engagement dans un seul sens? Et, au fond, avant les années 70, une entreprise gardait toujours ses salariés, donc ils envisageaient rarement de la quitter, c’était une forme de contrat social implicite…

  5. De qui se moque t-on…

    Les entreprises ne voient dans les jeunes qu’une variable d’ajustement de leur effectif. Un petit cdd par là pour remplacer untel qui part en congé maternité / maladie / formation. Une petite mission intérim par ci pour remplacer le personnel pendant leurs vacances. Les entreprises ne sont prêtes à s’engager que sur des périodes très courtes. Tout juste, elles font la promesse d’une embauche de cdi après le 3ème cdd (quand la loi les y oblige donc). Et comme les promesses n’engagent que ceux qui y croient…

    A côté de ça, les entreprises voudraient que les jeunes fassent preuve d’une motivation sans faille dans leur travail et d’un engagement sans limite pour leurs employeurs.

    Comme dit Fabrice, on ne peut pas d’un côté faire l’apologie de la flexibilité et pleurer par la suite dans les lignes d’un quotidien libéral que les jeunes auraient un comportement trop individualiste au goût des entreprises.

    Les jeunes ne sont pas méfiant. Ils adaptent leur comportement au monde de l’entreprise. On ne les voit guère plus que comme des bouche-trous à main d’oeuvre pas chère, il est normal qu’ils ne voient dans l’entreprise guère plus qu’un pourvoyeur ponctuel de travail avec salaire et éventuellement de projets intéressants. Le reste, les jeunes s’en foutent comme les entreprises s’en foutent des jeunes d’ailleurs.

    C’est un procédé réciproque, conséquence normal de la libéralisation du travail depuis plus de 20 ans.

    Il est étonnant que nos aînés qui ont construit ça s’en étonnent… Soit tout ceci est absurde, soit est parfaitement cynique…

  6. @ Pierre
    1-La conduite des employeurs (vous parlez des entreprises, mais les champions des cdd, sont dans le secteur para-public associatif et les fonctions publiques) n’est pas évoquée du tout dans le billet. Pas plus que leurs attentes en matière d’implication. Ce qui est intéressant dans les articles du Monde, c’est justement le développement parallèle, chez les jeunes diplômés et jeunes cadres, d’une préférence pour le contrat limité.
    2- La situation des jeunes par rapport au CDI/CDD est TRES variable. Globalement, le premier emploi des jeunes diplômés, (bac + 3 et plus) est un CDI dans 76% des cas. Les trois-quarts. Avec le « statut » cadre pour 70%. Evidemment il y a des variations entre les filières d’études. Evidemment aussi, on ne parle que de ceux qui ont trouvé un premier emploi au moment de l’enquête, c’est à dire ç mois après l’obtention du diplôme. [Enquête insertion Apec de 2012]. Il reste les 30%, je le sais, et je sais aussi que ceux là ont beaucoup de difficultés. Mais il ne faut pas généraliser (70% ce n’est pas rien) et surtout, comme on le laisse parfois entendre dans la presse, mélanger les sort des diplômés du supérieur (bac + 2 et plus) avec la galère des jeunes qui ont décroché du système scolaire avant le Bac (et là encore je généralise sottement). Il y a des filières dont l’insertion sans complément de formation professionnalisante, est problématique. Vous noterez que dans les articles où il est question des difficultés des jeunes diplômés pour trouver un emploi, les témoins cités sont souvent issus de filières assez éloignées du marché de l’emploi « main stream ». Je comprends qu’on s’y engage, mais ce devrait être en connaissance de cause.
    3- Franchement, si on compare le sort des générations face à l’emploi, les Seniors sont beaucoup, beaucoup moins bien placés que les jeunes. En en plus ils doivent gérer des situations très compliquées parce qu’ils ont beaucoup plus d’engagements financiers (famille). Mais c’est nul d’opposer les jeunes et les vieux.
    4- Je suis entièrement d’accord avec vous et Fabrice, sur la logique de ce « détachement ». Comme je l’ai indiqué, j’ai fait il y a plusieurs années une intervention dans un congrès RH sur ce sujet. J’y reviendrai sans doute.
    5- J’ai fait plusieurs fois des allusions au Québec, pays où l’emploi est beaucoup moins sécurisé qu’ici mais où il est, aussi, plus facile à trouver. Je pense que le débat sur les avantages d’un système et de l’autre mérite mieux que des affirmations sans arguments.

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