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10 ° idée fausse : Adéquation des diplômes aux besoins des entreprises

publié le 30/01/2013 par dans A la recherche d'un job, Afficher dans Marché, Idées fausses

D'abord je vous dois des excuses : la 11° idée fausse a été publiée avant la 10°. Je ne suis pas sûr que vous l'aviez perçu, mais il faut être honnête. Pourquoi cette inversion ? Parce que cette 10° idée fausse est un sujet de billet très très difficile à écrire. Aussi ai-je décidé aujourd'hui de me sortir de l'ornière en faisant simple. SI je le peux.

L'idée selon laquelle il faudrait organiser les enseignements pour qu'ils "collent" aux besoins des entreprises fait partie, sinon des idées fausses au sens strict, du moins des illusions.

Les besoins des entreprises sont en effet à la fois très évolutifs et presque impossibles à définir d'une façon opérationnelle. Du moins dans leur ensemble. En réalité, ce que l'on peut décrire, ce sont les compétences techniques nécessaires aujourd'hui.

Or, on le sait aussi, les compétences techniques sont périssables, et ce ne sont pas les seuls dont les entreprises aient besoin. Entre deux polytechniciens, un "grand" patron  et un cadre sup' standardisé, ce ne sont pas les compétences techniques, pas la formation, parfois même pas le réseau personnel qui font la différence.

Pour concevoir et lancer une formation supérieure, il faut du temps. Il faudrait prédire les besoins en compétences dans les 4 ou 5 ans qui viennent. Ce qui suppose de savoir quelles évolutions technologiques vont avoir lieu, quels choix seront fait…

C'est une illusion.

Par ailleurs, l'enseignement supérieur n'a pas pour seule vocation de former des cadres privés ou publics. c'est aussi le lieu du développement et de la diffusion des connaissances, de la culture, des sciences, de la recherche, parfois très éloignée des préoccupations des entreprises.

Mais c'est aussi le lieu où se préparent les esprits, les humains en principe les mieux "équipés" pour décider demain. Que seraient ces connaissances, ces sciences, si elles n'avaient pas cette vocation ?

Des diplômes en adéquation avec les besoins des entreprises, ce sont des diplômes qui préparent à une posture positive, ouverte, à la compréhension du monde, à l'anticipation du changement, à la décision, à la responsabilité. Futurs cadres, on doit vous préparer à la réalité de votre vie professionnelle, pour la plupart en entreprise. Donc à en comprendre le fonctionnement, les codes et les valeurs. Comprendre ne veut pas dire adhérer en tout d'ailleurs. Mais la méfiance envers ce monde ne facilite pas les choses.

Il y a 15 ans, quel était l'avenir des géographes et cartographes ? Je ne suis pas sûr que le développement des techniques de localisation, de guidage etc. ait été vraiment anticipé par "les entreprises". Mais ce que je sais, c'est que pour en profiter, il ne fallait pas considérer que c'était une manière impure de faire de la géographie.

Et pour profiter du développement de ces innovations, les entreprises ont bien du recruter des géographes, pas seulement des électroniciens et autres informaticiens? non ?

Commentaire(s)

  1. J’ajouterais qu’en plus d’être une idée fausse, c’est une idée dangereuse. Comme vous le soulignez, l’Université n’a pas que pour seul but de former des cadres. J’aurais presque envie de dire que ce n’est même pas sa mission première. Mais c’est sans doute déjà très osé que de le dire.

    L’Université a pour mission d’éduquer les futures élites et de développer leur capacité de raisonnement et leur esprit critique. J’imagine aisément pourquoi les jeunes diplômés d’Université n’intéressent pas les entreprises…pas assez ancrés dans un moule sans doute. En outre et bien évidemment, l’Université a pour mission d’enseigner et de diffuser les connaissances.

    Ce serait à coup sûr un progrès pour la société, si ses missions devaient être sacrifiées sur le dogme d’une adéquation parfaite entre l’enseignement à l’Université et le monde du travail… On pourrait enfin se débarasser de toutes ces matières superflues qui n’ont pas un effet immédiat sur l’exploi…pardon l’employabilité des jeunes diplômés et sur la croissance du PIB français.

    Ce n’est manifestement pas évident pour tout le monde, mais l’Université ne forme pas, elle enseigne. Elle n’est pas là pour servir l’économie du pays et le chiffre d’affaire des grands groupes.

    De plus, contrairement à ce que veulent nous faire croire les plus de 30 ans qui doivent se sentir menacés de plus en plus par notre arrivée, nous les jeunes diplômés sommes bien mieux préparés au monde du travail et à ce que sera le monde de demain. Encore faudrait-il que l’on nous laisse notre chance et qu’on arrête de nous mentir.

    En effet, comparer à ce qu’il se faisait il y a même pas dix ans (du moins de ce que j’ai pu observer dans le domaine du droit), les cursus sont bien plus professionnalisant aujourd’hui et plus transversaux, on est mieux sensibilisés aux problématiques internationales et européennes, on est mieux formés en langues et on a pour la plupart déjà fait l’expérience de l’expatriation.

    Les Universités regorgent de talents, mais de talents bruts qu’il faut former à une profession. Et c’est là que cela coince. Le monde du travail estime que l’Université ne forme pas assez les jeunes diplômés, mais est-ce que le monde du travail s’est intéressé à ce qui se passe au milieu des amphis? Le monde du travail et la société s’apercevraient peut-être qu’il y a beaucoup à tirer de ces jeunes diplômés qui ne savent soi-disant rien faire en dehors de la grève.

    Le problème ne vient pas d’une supposée inadéquation des cursus universitaires au monde du travail, mais du fait que les entreprises ne veulent pas (plus?) assumer leur rôle social de formateur. Est-ce que vous diriez que les Bac ES, L et S doivent former à un métier?

    J’en entend déjà dire que je délire. Je ne suis pas fou, je suis seulement un romantique, un romantique pas formé à la logique « former un jeune = coût financier = risque (lequel? qu’il prenne ta place?) = j’embauche pas de jeunes! ». Ambitieux syllogisme, sans doute également à l’origine de la logique suivante : « investir en R&D = coût financier = risque = j’investis pas! », qui promet de voir naitre une économie française renouvelée et dynamique!

    Surtout ne changez rien les « Yeuvs », continuez à ne pas embaucher de « Djeuns » mais avec une telle frilosité, il ne faudra pas jouer les étonnés dans 10 ans quand il n’y aura plus personne pour payer vos retraites parce que l’on se sera tous tirés au Canada ou en Australie pour se construire une vie à laquelle on a droit aussi!

  2. Intéressant la référence aux plus de 30 ans, ça ne me rajeunit pas… D’ailleurs moi-même pourrais-je aussi pointer du doigt les plus de 40 ans.

    Enfin Pierre lorsque vous parlez du Canada ou de l’Australie, vous savez certainement que le système de protection sociale, les inégalités ne sont pas comparables à ce qui existe en France. Il est certainement possible d’y réussir vite, et avec éclat, peut-être plus facilement qu’en France. C’est aussi je pense un monde qui pardonne moins, et dont le matérialisme peut choquer notre mentalité. Après là où je vous rejoins c’est qu’il s’agit bien d’un choix de société: les Français se satisferaient-ils d’un taux de chômage à 4%, mais avec des allocations réduites de moitié et des inégalités supérieures? Personne ne leur a posé la question, mais j’espère qu’il existe un autre voie.

  3. Bonsoir :noel !

    Quand je parle du Canada ou de l’Australie, c’était juste pour mettre en exergue une réalité que personne ne semble voir. Je vous parle pas de statistiques mais de ce que je vois autour de moi.

    C’est-à-dire des jeunes (et de plus en plus) qui arrivent à 26-27-28 ans qui après des études méritantes ont brillamment décroché deux cdds depuis qu’ils ont eu leur diplôme, le tout entrecoupé de looooooongues périodes de chômage et qui font un bilan. Bilan nullissime avec l’amer impression d’avoir perdu plusieurs années de vie. Ils se comparent avec leurs parents qui au même âge étaient déjà bien lancé dans la vie alors qu’eux continuent de végéter dans un tout petit studio, ont déjà remis pas mal de projet à dix ans et tentent de vivre tant bien que mal avec un RSA.

    Et bien figurez vous que ces jeunes là, il leur vient l’idée candide qu’ils pourraient tenter leur chance à l’étranger. J’ai cité le Canada et l’Australie, j’aurais pu citer le Brésil ou la Chine. Ce qui importe pour eux, c’est de se barrer de France. Ils se fichent pas mal des systèmes de protection sociale, se fichent du niveau d’alloc, si fichent des inégalités. Ils partent même pas pour vivre la belle vie, par admiration pour ces grands pays, pour vivre l’american dream, ils partent pour se construire une vie même si c’est pour finir pizzaiolo à Sidney.

    En réalité, ils ne partent pas de France pour réussir vite et avec éclat, mais ils partent avec le sentiment qui se généralise de plus en plus parmi les jeunes diplômés qu’il n’y aucun avenir pour eux en France.

  4. @ Pierre « Aucun avenir pour eux en France », là vous y allez un peu fort il me semble. On sait -mais les statistiques ne sont pas votre réalité, la carte n’est pas le territoire – que le diplôme reste un atout non négligeable et que les jeunes diplômés connaissent un sort professionnel bien plus favorable que les non diplômés.
    Il y a pas mal de pizzas en France aussi, vous savez ?
    Votre plaidoyer pour les économies plus ouvertes, les règles plus souples et moins engageantes a son côté convaincant : ce qui rend l’embauche plus facile au Québec, pour parler de ce que je connais, c’est aussi que l’engagement de l’employeur vis-à-vis du nouvel embauché se limite à quelques heures.
    A l’étranger, on n’est éventuellement pas regardant sur le contenu du job, parce que l’attrait de la nouveauté, l’exotisme compense le manque d’intérêt du travail : Servir des hamburgers à Montréal, oui, peut-être un peu moins à Québec, encore moins à Drummondville, à Chicoutimi ou à Trois-Rivières, mais à Pontoise, Val d’Oise, France, non. Il y a, en France, une forte demande non satisfaite dans certains métiers, dans lesquels on ne trouve pas de candidats.
    N’oubliez pas non plus que ces systèmes favorisent ceux qui sont jeunes, en bonne santé, mobiles, etc. Surtout, si vous voulez émigrer, dissimulez le mieux possible toute maladie sérieuse que vous auriez pu subir même si elle n’est aujourd’hui qu’un mauvais souvenir; on vous refoulerait. Et ne soyez ni malade, ni chômeur, ni vieux dans ce genre de sociétés. Chacun pour soi. Même si le Québec est plus protecteur que les autres provinces du Canada, ça reste un pays très libéral.
    Ce qui n’empêche pas que l’installation dans ce pays (je ne parle que de celui-là parce que je le connais un peu) est diantrement tentante, pour d’autres raisons encore.

  5. Bonjour,

    Je crois que l’on ne s’est pas compris.
    Qu’on soit bien d’accord, je ne fais pas l’éloge du Canada et je ne fais pas l’apologie du système ultra-libéral.

    Mon propos était juste de rapporter un ressenti qui se généralise parmi les jeunes diplômés. Vous trouvez que j’y vais fort, pourtant je vous assure que beaucoup de jeunes ne croient pas à un avenir en France. Et si ces jeunes s’expatrient, ce n’est pas parce que ce serait « diantrement tentant » mais parce qu’ils ne voient pas d’autres alternatives. Entre pas de boulot en France et peut-être un boulot à l’étranger le choix est vite fait (je sais, vous allez encore dire que je caricature).

    Voici un lien vers les résultats d’un sondage effectué auprès de jeunes diplômés depuis trois ans ou moins.

    http://jd.apec.fr/Emploi-stage/Marche-de-l-emploi/Tous-les-focus/Conjoncture/Des-jeunes-en-poste-plutot-sereins-des-jeunes-en-recherche-d-emploi-plutot-pessimistes

    Dès les premières lignes, on apprend que près de la moitié des interrogés est au chômage. Dans les dernières lignes, on apprend que parmi cette moitié, le quart envisage ni plus ni moins d’aller voir ailleurs.

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