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Un diplôme de quoi ?

publié le 21/06/2012 par dans A la recherche d'un job, Afficher dans Marché, coup de gueule, Galère, Quel job pour moi?

Vous avez certainement lu un de ces papiers, dans la presse, où il est question du chômage et de ses effets sur la vie des gens. Des interviews, des morceaux d’histoires de vie.

Par exemple, celui-ci, lu il y a quelques semaines maintenant (d’où l’absence de lien, pardon !)  et qui brosse le portrait de trois frères qui sont jeunes, diplômés et au chômage. C’est désolant.

On y apprend que deux d’entre eux, après un DEUG de sociologie, ont un « diplôme d’anthropologie du travail » et ne trouvent pas de job. Commentaire : « Mes parents disaient : « Fais des études, va loin, et avec ça, tu auras du boulot. » Au final, c’est l’inverse, raconte R. Si on avait fait une licence pro, on aurait sans doute du travail aujourd’hui« .

C’est pas faux.

Je trouve ces récits touchants, comme vous, sans doute. Illustratifs certainement de l’état d’esprit de ceux qui subissent cette situation. Mais, au risque de me faire mal voir, je voudrais faire deux remarques :

1/ Les informations qu’on nous donne dans ce genre d’article sont souvent tronquées. Quel « diplôme » ?  une licence générale ?  Un master ? un entre-deux (master 1) ou un DU ?  Il est clair qu’une licence générale ou un master pas terminé dans une discipline aussi pointue et intellectuellement exigeante n’attirera que peu d’employeurs. En s’engageant dans de telles études, ces jeunes gens auraient pu apprendre facilement que contrairement à une licence pro (mais il n’y a probablement pas de licence pro en anthropologie) le cursus projeté représentait un vrai risque du point de vue de l’insertion professionnelle. M’emparant, pour vous,  de leur histoire,  je les inviterais à se souvenir comment ils en  sont venus à suivre ces études.  Pourquoi, pour quoi faire ? Ils en tireront sans doute quelques idées sur ce qui est à faire maintenant pour aller au bout de cette démarche. Il l’ont peut-être déjà fait.

2/ L’étude anthropologique du Travail peut se pratiquer

– A l’Université ou au CNRS (ou équivalent); mais alors il faut des diplômes très élevés pour obtenir un poste de chercheur. Et il y a des chances qu’il faille déménager de la ville moyenne où ils habitent.

– Dans des associations locales sociales, mémorielles etc. et c’est souvent le bénévolat qui est sollicité. D’ailleurs, c’est peut-être un moyen de se faire connaître.

Dans des cabinets d’études et de conseil, pour la plupart situés sinon à Paris au moins dans des très  grandes métropoles.

Ce jour là,  il y avait une seule offre dans apec.fr qui contienne le mot anthropologie. Elle concerne un chercheur (doctorat récent) et c’est une mission d’étude au Maroc (12 mois) sur la notion de durabilité dans l’agriculture de ce pays. Avec les mots étude(s) ET travail on en a pas mal elles concernent la médecine du travail ou l’ergonomie. Bref, un marché confidentiel, sauf à distendre les concepts (prévention des risques psycho-sociaux, enquêtes de motivation, de climat, « kowledge management » ).

Le 3° frère,  « Titulaire d’un DUT d’informatique,[] n’a jamais trouvé de contrat pérenne dans la région« , nous dit-on.  » Il s’est donc lancé en free-lance dans la création de sites Internet, mais les clients se font attendre ». Le DUT est peut-être un peu léger pour cette discipline, mais de toutes façons, les emplois en informatiques ne sont pas « pérennes ». Pour l’essentiel les employeurs sont des SSII qui vous délèguent en mission…Là où il y en a. Et encore, dans ce cas, la région est très active, avec un grand nombres d’utlilisateurs potentiels pour les talents d’informatique.

Et vous qui peut-être n’avez pas fait encore de choix définitifs, je vous en prie, tenez compte de ces mésaventures.

Pour rester dans votre coin, faire des études pas trop longues et qui débouchent sur un emploi choisissez les filières courtes formant à des métiers plutôt pratiques plutôt que des formations pour intellos. Déjà ça ne sera pas garanti. L’examen des offres d’emploi, dans la ville de nos 3 frères, sur le site de Pôle Emploi est assez déprimant.

Et si au contraire vous voulez faire des études longues dans des disciplines affutées comme celle-là, préparez-vous à élargir votre marché, géographiquement et professionnellement.

Commentaire(s)

  1. (ne pas publier) dans le titre ?
    Une erreur de publication justement ?

  2. Oups ! Merci de votre remarque. « NE pas publier » était une indication pour moi. Je n’avais pas publié ce texte à temps pour que le lien soit vers le papier du Monde qui y est commenté. J’ai donc écrit « ne pas publier » sur le brouillon, en attendant de l’avoir repris.
    Et hop, l’ayant repris, j’ai oublié d’effacer cette mention à vocation « arrière cuisine ».
    Désolé. Je viens de corriger.

  3. Jean-Marie,

    honêtement, autant, pour l’anthropologie du Travail, je comprends qu’on ait du mal à trouver un travail pérenne directement en rapport (encore qu’il y a les RH qui ne sont pas si loin), mais un DUT en informatique, avec un peu de flexibilité et un minimum de flair en ce qui concerne la spécialisation, on trouve largement actuellement (une petite aide pour lui: déménage en Région Parisienne, certaines entreprises, éditeurs de logiciels, SSII, en sont à recruter des autodidactes pour faire du développement en Java!!!)

  4. Oui, Fabrice, mais rien n’est simple dans les choix de vie.
    Rester la où on est est un choix.

  5. Salut les jeunes,
    Ce qui est étonnant c’est toujours de prendre le problème à l’envers.
    Ce n’est pas le nombre de diplômés qu’il faut étudier c’est le ratio nombre d’emplois/diplômés.
    En effet pour que les jeunes diplômés s’insèrent durablement il faut que globalement le nombre d’emplois que peuvent occuper cette population soit supérieure au nombre d’entrants sur le marché et au nombre de gens déjà entrés (hé oui les salariés déjà en place ont ou auront sans doute envie de bouger pour un meilleur salaire ou un meilleur poste).
    Je vous donne un lien expliquant pourquoi il y a une compétition de plus en plus féroces entre les diplômés:
    http://www.humanite.fr/07_01_2011-%C3%A0-quoi-servent-les-dipl%C3%B4mes-aujourd%E2%80%99hui-entretien-crois%C3%A9-avec-461773
    Edifiant non ?
    Alors que le nombre d’emplois destiné aux diplomés est en diminution on continue à en former toujours plus.
    Alors qu’il suffirait de créer des emplois qualifiés pour absorber le flux des nouveaux entrants et des gens déjà présents sur le marché.
    Il ne faut pas chercher plus loin les difficultés à l’insertion des jeunes et des moins jeunes.
    Globalement il y a plus de travailleurs que de poste attractifs globalement disponible.
    Inversez la tendance et tout ira pour le mieux.
    Bonne nuit Europe.

  6. @ dsp56001
    Merci pour le lien, extrêmement intéressant. Marie Duru-Bellat et Tristan Poullaouec disent des choses finalement assez nuancées sur cette très difficile question.
    Plusieurs billets de ce blog ont plus ou moins évoqué cette question. C’est une question grave et l’angle que vous prenez, et vous avez le droit de penser cela bien entendu, me semble un peu réducteur. L’Université n’a pas comme but unique de préparer les jeunes qui la fréquentent à leur vie professionnelle. les jeunes, de leur côté, et leur parents, entretiennent, parfois naïvement, mais pas toujours, une certaine ambiguité : je fais des études pour obtenir un bon job mais je fais ce qui me plaît, des études avec des « débouchés » très aléatoires. Du coup en effet, il y a une sorte de hiatus. Sans compter que la sélection à l’entrée dans les écoles les plus côtées continue d’être très … sélective. De même on arrête d’enseigner le latin et le grec… dans les universités de proximité.
    On ne sait pas, finalement, si les besoins en compétences élevées des entreprises ont vraiment suivi l’inflation de diplômes que connait le pays. Une chose est sûre, c’est que contrairement à ce que vous dites, ,e nombre d’emploi destinés à des jeunes diplômés n’a pas diminué mais augmenté. Je vais vous fournir les chiffres dans un prochain billet.
    Les privilèges et la considération qui s’attachaient au statut cadre quand celui-ci concernait 8 à 10 % de la population ont évidemment fondu maintenant qu’ils sont plus ou moins 3,7 millions et 20% des salariés du privé (les 16% cités par Mme Duru-Bellat comprennent le secteur public). Et avec eux, l’impression d’ascenseur social.
    Par ailleurs, dans l’article (excellent, encore une fois) que vous nous proposez au moins un chiffre ne colle pas avec ceux que je connais. Après un an, nos enquêtes (portant sur un échantillon représentatif des bac + 4 et plus) montrent que c’est 70% environ des jeunes qui ont trouvé un emploi (et non 62% qui n’en ont pas), plus de la moitié en CDI et plus de la moitié aussi comme cadre. Les diplômés d’une licence sont un rien plus nombreux à avoir trouvé un job mais 8 % seulement comme cadre. (chiffres portant sur la promotion 2011).
    Vous omettez dans votre commentaire de répéter ce que les deux interlocuteurs se répètent pourtant haut et fort : avoir un diplôme place les jeunes en situation beaucoup, beaucoup plus favorable vis à vis du marché de l’emploi que de ne pas en avoir. les chiffres avancés donnent même le vertige.
    Alors bonne nuit, ou bonjour, je ne sais pas mais oui le monde du travail est difficile et peu accueillant. Bon; on fait quoi ?

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