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Vaincre la discrimination

publié le 13/05/2008 par dans A la recherche d'un job, Afficher dans Marché, Etudes et argent, Galère

Vous êtes plusieurs à faire état de vos difficultés en les attribuant à vos origines. Milieu social modeste, famille issue de l’immigration, handicapés, sans oublier la discrimination homme-femme, qui, je l’ai déjà évoqué, n’est pas (encore) de l’histoire ancienne.

Je voudrais aborder ce sujet, mais comme il est particulièrement délicat, je ne veux pas le faire à la légère.

D’abord, mais c’est une précaution inutile, je veux affirmer à quel point nous sommes, à l’Apec, décidés à participer à la lutte contre ces pratiques. Jacky Chatelain notre directeur général a d’ailleurs signé un accord avec la Halde.

Il me semble que tout commence par un problème de marché.

Près de la moitié, des postes publiés par l’APEC est en Ile-de-France et 71 % dans 5 régions : Ile-de-France, Rhône-Alpes, Paca, Nord-Pas de Calais et Midi-Pyrénées. La discrimination est aussi géographique.

Les secteurs en manque de compétences (télécoms, électronique, informatique, BTP, hôtellerie) sont beaucoup, beaucoup plus diversifiés dans leur recrutement que les autres. Le distingo école-université crée aussi une différence importante, comme le montrent nos enquêtes.

Mais c’est, me direz-vous une discrimination sociale, cela. Le coût des écoles est inabordable pour les familles modestes, et les familles issues de l’immigration sont souvent modestes. Oui, c’est vrai ; mais est-ce seulement le coût objectif des études qui est en cause ? Il y a très peu d’étudiants de familles populaires dans les écoles de commerce, mais il y en a. Ils ont des remises (certaines écoles accordent la gratuité), des bourses, ils travaillent pendant leurs études, ce n’est pas facile, mais il y en a. Ils ont « osé », excusez l’expression, le faire. Mais si votre conseiller d’orientation du lycée, lui-même un peu « anti école », juge que vous n’en avez pas les moyens, comment vous et votre famille allez inventer le contraire ? Imaginez que votre famille soit d’un niveau social élevé mais très désargenté, la question ne se posera pas de la même façon. On se débrouillera pour que vous fassiez de « bonnes études ». Vous logerez chez une tante, vous travaillerez, on se cotisera pour vous prêter un peu d’argent… La discrimination est insidieuse…

Même phénomène lors de la recherche d’emploi. Ceux d’entre vous qui sont (comme je l’ai été) enfermés dans leur problème et n’envisagent aucune aide extérieure précise sont défavorisés par rapport à ceux qui savent – osent – frapper aux portes des organismes, des institutions, des décideurs. Je prends le pari qu’ici encore, c’est une forme de discrimination assimilée, d’autocensure. Les grandes entreprises, le Medef, les profesionnels du recrutement, beaucoup d’institutions sont réellement décidées à sortir de la logique de la discrimination. Il n’y a pas que des raisons morales à cela. C’est aussi parce que c’est un moyen d’être plus efficace dans son recrutement !

Allez-y. Demandez des entretiens, demandez de l’aide autour de vous. Demandez de l’aide si vous pensez faire l’objet d’une discrimination.

Un dernier point néanmoins, j’ai gardé le pire pour la fin. Le plus difficile à surmonter, c’est le décalage culturel, l’ignorance du monde de l’autre. Ce que j’ai déjà écrit a été mal vécu par certains, mais la naïveté et l’ignorance sur le monde de l’entreprise, ses codes, sa culture, sur les métiers, les secteurs d’activité, est un handicap lourd, parce que cela justifie la méfiance. Ce handicap peut être surmonté: lisez tout ce qui est à lire sur apec.fr, lisez la presse d’entreprise, les magasines économiques et d’entreprises, lisez Courrier Cadres, imprégnez-vous de tout cela. Ne donnons pas raison à ceux qui nous ignorent.

Commentaire(s)

  1. Je suis tout à fait d’accord avec votre billet en particulier sur la discrimination à l’orientation. Cependant, je tiens à rappeler que les classes péparatoires et la plupart des écoles d’ingénieur sont « gratuites » (à l’exception du loyer mais il existe les CAF pour cela).
    Cependant, vous n’avez pas parlé des problèmes de mobilité. Je suis retournée chez mes parents pour chercher un emploi, c’est dans la région parisienne mais dans un petit village perdu sans transport en commun et je n’ai pas de voiture. Croyez-moi, cela nuit beaucoup à l’audace !

  2. je suis d’accord avec vous sur la discrimination, mais vous limitez trop le champ de ces desicriminations.
    Je suis un vieux jeune diplome, ayant fait beaucoup d’etudes en France et a l’etranger. J’ai trente deux ans, et ma recherche n’a commence que depuis 2-3 semaines, mais j’ai toujours l’experience de mon meilleur ami (meme age que moi, mais 5 ans d’experience dans l’audit) qui s’est vu offrir pour tout viatique par une banque qu’il etait trop vieux desormais pour acquerir la culture d’entreprise de ladite banque… Alors, fini a 32 ans??? :-)
    Plus generalement, le champ de recrutement en France est vraiment trop restreint, releve du moule, n’encourage pas les profils varies, ce qui constitue un handicap pour les ressources humaines des entreprises en France. Il est frappant a cet egard que le vocabulaire de la discrimination dans les pays anglophones est plus riche qu’en France (on connait « raciste » en france, mais qui connait « ageiste »?)

  3. Originaire d’Afrique, j’ai une expérience professionnelle significative dans le domaine juridique dans mon pays. Installée en France pour des raisons familiales depuis deux et demi, j’ai repris des études et j’ai obtenu un master en droit et je suis actuellement inscrite en doctorat. Je souhaite reprendre une activité professionnelle. Je cherche activement un emploi depuis trois mois mais je n’ai pas encore été appelée pour un seul entretien. Je postule tous les jours par internet, je suis allée à plusieurs salon pour rencontrer des recruteurs et aussi dans des agences de recrutement. Je pense que mes origines ont quelques choses avec cette situation . J’ai cherché a rencontré des membres de AFIP mais il m’a été répondu que je ne faisais pas partie du public visés par AFIP car j’ai 40 ans .Leur public a au plus 30 ans. Cette même réponse m’a été répondu par les organisateurs du Forum de la diversité qui setiendra lieu à Evry le 10 juin. l’un des organisateurs m’a conseillé d’aller consulter les associations qui s’occupe des seniors de la diversité . Elle mêmen’en connaissait pas et si même il en existait je doute fort que je serais accepter à l’âge de 40 ans . Si vous connaissez des institutions qui aident les publics comme les nôtres , pouvez me les coordonnées.Je crois que je subis deux formes de discriminations celles des origines et celles de l’age

  4. La discrimination de génération entre les Jeunes (qui n’ont rien) et les Vieux (qui ont tout). La précarité des vingtenaires, des trentenaires dans le système économique français défavorise la jeunesse. Toutes les conditions sont réunies pour qu’éclate une guerre des générations. Les privilèges des cyniques papy-boomers, la banalisation croissante du chômage chez les moins de 30 ans, l’état de servitude que subissent les stagiaires et les autres en contrat artificiel : la France n’est-elle pas en train de revenir à un régime archaïque dans lequel la naissance et le milieu priment sur le mérite et l’envie de réussir.

  5. Comme elle y va, Véronique ! J’ai vu des jeunes qui ne manquent de rien, des vieux dans une scandaleuse misère. D’autres ont plutôt tendance à croire que le jeunisme sévit.
    En tous cas, une vision du monde aussi guerrière ne prédispose pas à s’y lancer, à oser, comme ce que je dis dans le billet. Le monde est très dur et injuste, c’est vrai; il est aussi plein d’opportunités. Parmi « les » jeunes, n’oubliez pas, Véronique, ceux qui sont très courtisés par les entreprises. Je ne remets en revanche pas en cause votre propre sentiment de ne pas avoir accès au travail. Dites en plus à votre sujet, on peut peut-être aider!

  6. En fait, quand j’ai ecrit ce commentaire, je venais peu ou prou de commencer ma recherche, et j’ai un peu change d’avis: en une semaine j’ai eu environ 5-6 coups de fils, a peu pres autant de demande d’entretiens et meme un entretien en assessment center en Grande-Bretagne, frais d’avions et de taxi payes (on se sent voler quand on vous le propose).

    Je dois cependant rajouter un bemol: pour l’instant que des PME et un accueil beaucoup plus chaleureux en GB qu’en France.

  7. Réponse à Fabrice :
    Maudits anglais…

  8. A JMB:

    C’est un peu court comme commentaire,
    que voulez vous dire???

  9. Je voulais dire : Ils vont nous piquer les candidats à force d’être sympa, ouverts, sans chichis.
    En fait c’était un clin d’oeil.
    Pour ce qui est de votre recherche, bravo, je croise les doigts, cross my fingers !
    go and catch’em ! the job is for you

  10. vous rigolez, mais je crois que c’est un vrai debat pour le marche de l’emploi comme pour les entreprises francaises:
    tout le monde leur dit « si ca continue, on vous forcera a prendre d’affreux candidats atypiques, meme de force » alors qu’on devrait leur dire « vous perdez en competitivite face aux entreprises etrangeres a recruter des candidats qui sont tous clones »!

  11. Mais j’ai un boulot, pourquoi parler d’accès à l’emploi. J’ai co-créé ma SSII depuis un an et demi et créé même des emploi ! Je parle de cela, parce que jereçois des quantités de lettres de brillants postulants de tous niveaux et de tous ages, mais surtout des jeunes corrects avec des vides dans le CV, et que puis-je faire ^pour eux ? Rien, à mon échelle.@ Fabrice, ça m’étonne pa s des anglais, pas fortiche cette France !

  12. Véronique
    Je trouve que ce que nous devrions guérir en premier, chez nous, c’est la tendance à l’autocritique de principe. Il n’y a de bon et de bien qu’ailleurs. Nous aimerions être organisés et puissants comme des allemands, souples et entreprenants comme des Italiens, pragmatiques comme des anglais… Un peu plus de fierté de ce que nous sommes nous rendrait peut-être, c’est paradoxal, moins arrogants, comme on dit que nous le sommes.
    L’autocritique est une forme mortifère du narcissisme

  13. Ce billet me donne l’occasion de pousser un (petit) coup de gueule et vous faire par de ma (petite) expérience !

    En effet je cumule les « handicaps » : métis (oui la couleur de peau est importante dans les recrutement, avec un peu de chance on bénéficiera de la « discrimination positive ») des DOM la localité géographique aussi) issue d’une famille de la classe moyenne (ni trop riche pour payer les écoles de commerce hors de prix, ni trop « modeste » pour avoir une bourse !).
    Je m’applique donc à faire des études de gestion (des RH) à la fac, je termine mon M2 dans un IAE plus exactement … « l’école de commerce » de la faculté …
    Dans des entretiens pour les stages, je me retrouve souvent en concurrence avec des diplômés d’écoles de commerce et j’ai souvent droit aux remarques suivantes « Votre CV est intéressant, vous avez accumulés une bonne expérience lors de vos stages, une bonne formation […] MAIS vous n’avez pas fait de stage à l’étranger, pas d’année à l’étranger non plus ». Que faire ? « Je n’ai pas les moyens de payer les frais d’un semestre à l’étranger, je ne peux pas payer deux loyers en même temps et c’est pas les 400 euros d’indemnités qui vont régler mes problèmes » …
    Autre remarque « pas de stages chez un grand compte ? » … pas de Airbus, l’Oreal, HSBC sur mon CV, pas de semestre à l’étranger à la Singapour Bank ! « Pas terrible tout ça ! »… Est-ce que je manque de motivation ?
    Je ne me plains pas, il y a bien pire comme situation mais je pose la question : dès le départ n’y a-t-il pas une discrimination du système éducatif ?

  14. Raconte donc des bobards, l’employeur n’y verra que du feu. Tu cites des noms qui n’ont aucun int^érêt, cosmétic, banque offshore… TU veux bosser dans une entreprise qui a des contacts avec des comptes qui blanchissent, des entreprisesqui détruisent la peau et les cheveux des gens, en faisant croire qu’ils seront plus beaux. De toute façon, certaines marques s’amusent avec la discrimination pour faire joujou avec les futurs postulants. Le cynisme est de mise dans les têtes vides. Passe outre.

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